Inside Val
18 recrues ont répondu à l’appel
Le Service de défense incendie et de secours (SDIS) de Val-de-Travers est actuellement en plein processus de recrutement. Après la soirée d’information qui avait réuni une cinquantaine de personnes il y a un mois, les choses sérieuses ont commencé le 29 novembre pour les rescapés. Ils étaient 18 – dont un tiers de filles – à se présenter à la salle de gym de Buttes pour passer les tests sportifs, logiques et d’aptitudes générales. Cinq postes et un entretien étaient au programme. Celui de la montée de l’échelle de pompier en a fait vaciller certains mais tous, sans exception, ont franchi cette première étape importante.
Pour rappel, je participerai à toutes les étapes de ce recrutement aux côtés des dix-sept autres « soldats du feu en devenir ». Au bout de ce reportage inédit, je serai donc incorporé à l’effectif des recrues 2022. Lors de cette soirée de tests, j’ai donc pris part à tous les postes qui avaient été concoctés par l’état-major pour jauger notre forme physique, nos capacités mentales et notre motivation. En guise de discours de bienvenue, le major Patrick Piaget a commencé par faire l’appel des recrues et par présenter les sapeurs-pompiers confirmés qui allaient nous encadrer. Il a enchaîné en instaurant le tutoiement car
tous les pompiers se tutoient, c’est comme ça chez nous.
Ainsi, une recrue peut parfaitement tutoyer un membre de l’état-major à partir de ce stade du processus. La hiérarchie ne s’affirme pas par le vouvoiement mais le respect pour les « gradés » ne disparaît pas pour autant. Il passe notamment par la solidarité et l’envie de transmettre dont ils font preuve.
« Ce n’est pas un interrogatoire, tu repartiras libre »
La méthode militaire consiste à « casser pour reconstruire en mieux dans un même moule » chaque soldat (le but étant de les former à la guerre). Ici, il s’agit davantage d’accompagner, de prendre chaque recrue comme elle est et de la former jusqu’au niveau requis pour être digne de porter l’uniforme sur le terrain. D’ailleurs, outre la visite médicale qui doit être faite d’ici à février 2022, la prochaine étape sera la remise d’équipement de travail le lundi 7 février à Couvet. Le tutoiement, l’équipement,… tout ça, ce sont des petits pas qui permettent progressivement de faire entrer les recrues dans la famille des pompiers. Une méthode douce qui colle avec le côté « milice du peuple » des sapeurs. Par et pour le peuple en quelque sorte ! L’entretien passé par chaque volontaire auprès du major Piaget et du capitaine Alexandre Fink est dans la même veine.
Ce n’est pas un interrogatoire, tu repartiras libre rassure-toi,
me lancent-ils en préambule avant d’ajouter
qui es-tu Kevin Vaucher ?
D’excellentes références pour la collectivité
Chaque recrue a donc la possibilité d’exposer son parcours et sa vision de l’engagement. C’est productif pour les supérieurs qui ont l’occasion de découvrir quel type de personne pourrait se cacher sous le casque de pompier. Et c’est productif pour nous puisque chacun est libre de se projeter ou non dans cette voie. Personnellement, la solidarité, l’exemplarité, l’état d’esprit positif, l’entraide, la solidité physique et mentale, les compétences et l’excellence dont il faut faire preuve dans ce métier sont des valeurs qui me parlent. L’utilité permanente des sapeurs-pompiers pour la collectivité et leur sens de l’engagement méritent d’être davantage mis en valeur. Surtout dans une société en cruel manque de références, de repères et de bons exemples. Mais revenons-en à notre soirée de tests. En plus de cet entretien, chaque volontaire s’est frotté en binôme à plusieurs mises en situation.
Le casse-tête et la bienveillance de Cédric Maeder
Un gymkhana sportif avec la bouteille d’oxygène sur le dos (environ douze kilos) et un poste plus calme de formation au nœud de sauvetage pour commencer.
Il y en a beaucoup d’autres mais c’est le nœud à connaître pour nous. Il permet de coulisser en bas une paroi lorsqu’on tire la corde vers le bas. Et à l’inverse, si on remonte la corde vers le haut, cela stoppe notre descente et offre une position d’action sécurisée,
détaille Damien, en charge du poste. À l’arrêt suivant, une tâche technique et logique nous attendait auprès du cadre Cédric Maeder, chef du DPS 3 (Travers-Noiraigue). L’exercice consistait à monter un dispositif complet d’extinction de feu, de l’hydrante jusqu’à la lance en passant par différents tuyaux et pièces de raccordements. Bien sûr, plusieurs pièges (éléments inutiles au montage) ont été glissés dans le lot à disposition. C’était un véritable puzzle qu’il fallait reconstituer pour trouver les bonnes combinaisons sous l’œil bienveillant du pompier Maeder. Sur le terrain, en pleine urgence, il faudra être capable de le faire les yeux bandés pour être efficace.
À 20 mètres, la tête dans les étoiles
Place ensuite à la montée puis à la redescente de l’échelle de pompier bloquée à vingt mètres dans la cour du collège de Buttes.
Jusqu’à il y a deux ans, on faisait monter les candidats moins haut (à douze mètres) et ils ne redescendaient pas sur l’échelle. On ouvrait simplement les fenêtres et on les « réceptionnait » directement dans les salles de classe,
précise Cédric Matthey. Finalement, le maestro de la soirée Vincent Pezzatti nous a dirigés sur le dernier poste. Vision obstruée pour simuler la fumée, casque et masque de pompier sur la tête, bidon de vingt kilos dans la main gauche et nous voilà partis. Le principe était clair : poser la main droite sur le mur et avancer à l’aveugle. Après un parcours riche en obstacles et en surprises, le responsable d’instruction Fabio Castellani expliquait :
En intervention, utiliser ses pieds pour anticiper les changements de niveau et faire des balayages devant soi avec sa main sont des gestes primordiaux pour éviter les blessures bêtes.
Leçon retenue ! Après 2 h 30 d’effort, tout le monde s’est donné rendez-vous début 2022 pour la suite de nos aventures. à très vite !
Kevin Vaucher