27 ans et tout leur allant !
Un petit chemin de campagne, quelques maisons éparses et au bout de la route une maison familiale : celle des Conrath ! Des quatre enfants, il n’en reste aucun au fond du nid. Benoit et Marie-Christine se retrouvent donc seuls, face à face ou plutôt main dans la main après 27 ans de mariage. à 58 ans, le couple des Verrières réapprend à vivre à deux. Lui est actif dans l’horlogerie et elle se consacre aux autres dans sa fonction au sein de la Pastorale de la santé. Lui aime naviguer sur son bateau, elle préfère les voyages. Ce qui les unit : La Bretagne et un amour qui résiste à tout. Leur secret, on vous le dévoile à travers ce portrait !
Une tasse de café, quelques douceurs sur la table et la discussion part au quart de tour. De sa Bretagne d’origine (il est né à Paris mais a vécu en Bretagne), Benoit a gardé un accent rapidement identifiable et une gouaille tout autant indissimulable.
Quand je retourne en France, on m’appelle le Suisse et quand je suis ici on m’appelle le Breton, c’est sans fin cette histoire,
se gausse-t-il.
Avant d’enchaîner sur son métier d’horloger qui s’est vite transformé en « horloger conteur d’orfèvrerie ».
Un jour je me rappelle que je traduisais les propos de Michel Parmigiani à de potentiels acheteurs. Il disait quelques phrases en français et moi je faisais ensuite la traduction en anglais derrière. Et là, pendant que je parlais, l’acheteur m’a soudainement regardé pour tout de bon. Je ne comprenais pas avant que je tilte que Michel avait arrêté de parler depuis un bon moment et moi je continuais à parler des montres tout seul en anglais tellement je connaissais les produits et leurs technologies.
Tient, il n’y a donc pas qu’avec moi que l’homme démarre en mode pilotage automatique.
« Un horloger sans outils »
Porté par sa passion, celui qui est arrivé en Suisse pour terminer sa formation d’horloger en 1981 sait captiver l’attention. Cet ancien moniteur de voile est arrivé dans l’entreprise Parmigiani en 1989.
L’équipe se limitait à douze personnes à cette époque. Puis la marque a été lancée en 1996 et on avait besoin d’une personne aimant parler – pas de doute, c’est lui ! – et qui était à l’aise en allemand, en anglais et en français – c’est lui aussi !. On m’a donc nommé à ce poste et mon rôle était d’expliquer notre métier d’horloger et nos produits aux visiteurs étrangers.
Après 26 ans de fidélité, il est passé chez Vaucher Manufacture en 2015.
En gros, je suis devenu un horloger sans outils qui se contente de parler,
image-t-il avec humour. Depuis plus de vingt ans, il travaille également pour le Musée régional du Val-de-Travers pour parler de l’histoire de l’horlogerie notamment. Benoit Conrath en est un témoin privilégié, lui qui a vécu la crise horlogère de 1970-1980 et le renouveau du secteur.
Quatre enfants de 21 à 25 ans
Je suis encore aujourd’hui étonné de voir que des Suisses, dits normaux, sont prêts à dépenser 5000 à 10’000 francs pour une montre. Surtout qu’elle n’a plus de vocation utilitaire puisque tout le monde a un smartphone qui donne l’heure. C’est uniquement un objet de luxe.
Un objet qui fascine moins Marie-Christine que son mari avec qui elle est mariée depuis 1994. De cette union sont nés quatre enfants : Mathieu, Lucie, Nicolas et Claire, âgés de 21 à 25 ans. Ce n’est pas dans les aiguilles et les mouvements que la mère de famille s’est épanouie mais au service de l’église catholique. Depuis trois ans, elle s’occupe des visites et des célébrations en EMS ainsi que de l’accompagnement des personnes âgées à domicile.
La nouvelle organisation de la prise en charge des seniors veut qu’ils restent plus longtemps vivre chez eux, ce qui induit une plus grande solitude. C’est important d’avoir un service de visiteur pour ne pas abandonner à leur sort toutes ces personnes au Vallon.
« Ils nous demandent pas mais ils nous attendent »
Appuyée par l’apport d’une poignée de bénévoles, elle a la responsabilité de superviser ces opérations de soutien. Une formation est proposée aux bénévoles mais la structure manque cruellement de moyens humains et structurels.
Idéalement, il faudrait au moins une personne référente pour chaque village. Cela permettrait de connaître les gens isolés qui n’osent bien souvent pas faire appel à notre service alors qu’ils sont en besoin de lien social. Ils nous demandent pas mais ils nous attendent,
résume avec brio Marie-Christine. Petit à petit, elle a ainsi pu lister une centaine de personnes dans le besoin d’attention mais elle est bien consciente que certaines passent malheureusement sous les radars car elles sont vraiment très esseulées. De formation sociale, c’est avec les jeunes en tant qu’animatrice qu’elle a commencé à travailler dans l’église avant de passer à tout ce qui touche les familles notamment (éveil à la foi, caté parent-enfant,…).
Plus tard, je me suis formée à la théologie pastorale durant trois ans et j’ai travaillé durant sept années à la pastorale des familles pour tout le canton de Neuchâtel.
Discussion à cahiers ouverts
Elle continue :
Je m’occupais de la préparation au mariage et j’accompagnais des couples en difficulté.
La transition est parfaite vers les 27 ans de mariage fêtés par le couple Conrath cette année. Leur relation, ils prennent le temps de la soigner en participant au « programme Vivre et Aimer ». Il s’agit d’un mouvement chrétien pour aider les couples à s’aimer dans la durée.
On a appris une technique de dialogue pour pouvoir dépasser les conflits et les désaccords. C’est une façon de mieux s’écouter,
révèlent-ils d’une seule voix. Une démarche qu’ils partagent avec d’autres couples pour transmettre leurs expériences et échanger sur certains sujets.
On se marie car on choisit d’aimer quelqu’un et donc on choisit d’affronter les tempêtes avec lui.
Pour être sûr d’identifier ces tempêtes et pour les traverser, chacun possède un cahier dans lequel il écrit ce qui l’a contrarié dans le comportement de l’autre. Une discussion à cahiers ouverts permet ensuite d’en discuter et de trouver des solutions. Là, vous vous retournez et vous demandez à votre conjoint qu’est-ce qu’il fait ?
Je ressors les cahiers chérie !
Kevin Vaucher