30e brocante de Fleurier
Le samedi noir !
La trentième grande brocante de la patinoire de Fleurier a vécu une journée de samedi historique, selon l’organisatrice Marceline Huguenin. Durant près de dix heures non-stop, un flux ininterrompu de visiteurs, mieux, un flux d’acheteurs, a déferlé sur les échoppes de la soixantaine d’exposants. Le lendemain de ce samedi noir de monde, l’affluence est revenue dans la norme, toujours avec cette furieuse envie populaire de revivre de grands événements.
Oui on peut dire que la trentième a été une édition record, le mot n’est pas galvaudé pour le coup. » L’organisatrice Marceline Huguenin semblait avoir encore de la peine à y croire au moment de tirer le bilan dimanche en fin de journée. « C’était incroyable de voir tant de monde samedi. Tous les brocanteurs habituels nous ont rapporté qu’ils n’avaient jamais vu ça. Et nous non plus. » Nous, ce sont elle et son mari Gilles. Ils ont pris la tête de la manifestation il y a cinq ans, succédant au fondateur du rendez-vous fleurisan François Bezençon. « Et dire qu’on avait des craintes que la fermeture du tunnel de la Clusette freine certains Neuchâtelois à se déplacer.
Difficile de faire encore mieux ?
Au final, les visiteurs sont venus de toute la Suisse romande, de Suisse allemande aussi et même de France voisine.
Après avoir vu ça, on se dit forcément qu’il sera difficile de faire encore mieux l’an prochain.
Les exposants pouvaient se dire la même chose au terme des 17 heures de brocante réparties sur deux jours. Mais avec un tel succès, impossible de s’éloigner très longtemps de son stand. Ainsi, il n’était pas rare de voir des vendeurs assis entre deux tableaux poussiéreux et une armure de samouraï à l’heure du repas. C’était notamment le cas de Jacques Dufour de « Mémoire d’une malle ». Bol de soupe à la main, le Vaudois répondait aux demandes des acheteurs potentiels avec sourire et précision. Un vrai marathon de la « chine » et un vrai défi aussi pour le corps.
Du nord de la France et de Belgique
Je n’ai pas vraiment le choix, j’ai lancé mon activité il y a un an et je suis seul sur mon stand. Mais ce n’est pas grave, j’ai l’habitude. Certaines brocantes durent trois jours parfois.
L’homme de 55 ans cherche à se démarquer des autres en dégotant des objets atypiques qu’il va chiner au nord de la France et en Belgique. Mais ce week-end, c’est bien dans le rôle de vendeur qu’il officiait à la patinoire de Fleurier. Devant moi, il a d’ailleurs fait étalage de toute sa science de la vente en marchandant habilement un pot émaillé rouge orangé. « Quel est son prix », demande le couple d’acheteur. « Trente-neuf », répond Jacques. « Vous avez dit trente ? » « Non, non. » « Alors 25 ? » « Trente-cinq et il est à vous ! » Et voilà le pot émaillé en de nouvelles mains.
Deux ans de stock à écouler
Un peu plus loin, ce n’est pas le repas mais l’apéro que deux hommes se sont servi au milieu d’un stand de tableaux et de meubles en bois. La table sur laquelle ils ont posé leurs verres est aussi à vendre. Et si elle venait à trouver preneur ?
J’ai prévu le coup et il y en a une autre pour poursuivre l’apéro si besoin,
plaisante le Bayardin connu sous le nom de Zébulon.
Ça fait vingt ans que je viens ici et je suis toujours à la même place pour que les habitués me retrouvent plus
facilement. Je vous confirme que c’est une bonne année. C’est une chance pour moi car j’ai beaucoup stocké durant les deux ans de Covid. Cela me permettra de faire
un peu de place pour de nouvelles pièces.
La quête des objets d’enfance
Parmi ses habitués, on trouve Jacques Hainard. Cet ancien directeur du Musée d’ethnographie de Neuchâtel et de celui de Genève n’a eu aucune peine à retrouver son ami.
J’aime cet univers de la brocante. Je viens à celle de Fleurier depuis au moins vingt ans,
commence le Vallonnier originaire des Bayards.
Ce qui me plaît c’est de retomber sur des objets d’enfance comme ce vieux livre de chants que j’utilisais à l’école primaire. Je suis vraiment tombé dessus par hasard. J’ai 79 ans, je vous laisse imaginer l’âge du bouquin.
Une passion qu’il tente malgré tout de refréner pour des questions pratiques.
Je ne sais plus où entreposer mes nouvelles trouvailles, j’accumule beaucoup trop de choses chez moi. Mais je ne parviens pas à m’en séparer, c’est comme ça.
Un mélange de générations
Jacques a particulièrement aimé l’air de nostalgie dans lequel baignait la patinoire de Fleurier le temps de ce week-end particulier.
C’est beau de voir tous ces gens qui échangent entre eux sur des objets d’époque. C’est une façon originale de faire connaissance avec d’autres personnes, de générations souvent différentes. Cette composante participe grandement à la beauté des brocantes selon moi.
Le samedi noir foncé et le dimanche noir clair n’ont donc pas empêché les visiteurs de voir la vie en rose et en couleurs. à l’année prochaine pour une petite bleue dans le noir alors Jacques
et Zébulon ?
Kevin Vaucher