Bloqué sur un télésiège, que faire ?
Le cas de figure ne s’est jamais produit mais il a souvent traversé l’esprit des utilisateurs du télésiège de La Robella. Que faire si la remontée mécanique venait à se bloquer ? Sauter ? Mauvaise idée, la hauteur atteint 18 mètres par rapport au sol à certains endroits. Et n’est pas Jean-Claude Dusse qui veut ! Dans une telle situation, votre meilleur allié s’appelle « patience ». Ce sont les sauveteurs du Club alpin suisse qui vous remettront les pieds sur terre et ils ont 3 heures maximum pour secourir jusqu’à une centaine de sièges. Vendredi dernier, six sauveteurs étaient en formation sur la ligne vallonnière. Nous y étions aussi !
Pour ceux qui n’ont pas l’esprit très tranquille lorsqu’ils montent sur un télésiège, sachez que chaque installation à câble a l’obligation de procéder à un exercice d’évacuation par année.
Nous, on a décidé qu’on en ferait deux par an. Il y en a un en juin qui permet de toucher aux bases de la formation et il y en a un autre au mois d’août (mise en situation). À ma connaissance, il n’y a jamais eu besoin d’évacuer notre télésiège mais il faut être prêt à toute éventualité,
plante Vincent Bouquet. Le chef d’exploitation du télésiège de Buttes-La Robella donnait lui-même l’instruction aux six jeunes sauveteurs vendredi soir.
Il y a également deux représentants du Club alpin suisse car c’est cette structure qui est habilitée à intervenir en cas d’opération de secours.
En cas d’évacuation forcée, ce ne sont donc pas nécessairement des sauveteurs du Vallon qui interviendraient. C’est l’une des particularités de cette force d’intervention.
1580 mètres de ligne et 450 mètres de dénivelé
Concrètement, que se passerait-il si le télésiège nécessitait une évacuation ?
C’est la Rega qui serait appelée (1414) et c’est elle qui coordonnerait les opérations. Elle ferait appel à la section régionale du Club alpin suisse. Dans le canton de Neuchâtel, c’est la section de La Vue-des-Alpes qui serait sollicitée.
L’effectif se compose d’une trentaine de membres dont six Vallonniers. Tous sont des bénévoles. Ils auraient trois heures pour mettre en sécurité l’ensemble des personnes présentes sur l’installation à ce moment-là. Jusqu’à six équipes de deux personnes pourraient être mobilisées sur les 1580 mètres de ligne répartis sur quatorze pylônes. 450 mètres de dénivelé séparent la zone de départ à celle d’arrivée. Au total, il peut y avoir 47 sièges par côté de ligne. En sachant qu’il est possible de monter et de descendre, il pourrait donc y avoir jusqu’à une centaine de sièges à évacuer.
Trois heures, ça peut sembler beaucoup de temps. Mais vous voyez bien que c’est très peu par rapport à tous ces éléments à prendre en compte. Un bon entraînement est donc utile pour mettre tous les atouts de notre côté,
insiste Vincent Bouquet.
Ouvrir la barrière et faire descendre les évacués un par un
Si la panne intervient durant l’hiver, les équipes de secours peuvent être amenées en motoneige jusqu’aux différents pylônes. À partir de là, les sauveteurs vont procéder exactement de la même manière qu’en exercice.
L’équipe monte sur le pylône avec son échelle fixe et commence à se déployer. Le premier en haut s’accroche au câble et y fixe une roulette. Puis, une fois que son binôme est en place pour l’assurer et le retenir, il commence à descendre en direction du siège qui se trouve à proximité immédiate.
Si le siège est occupé par deux personnes, il commence par accrocher la première pour pouvoir prendre en charge la seconde. L’évacuée se voit alors enfiler un triangle de sauvetage (une bandoulière de sauvetage rouge qui vient maintenir l’évacué à l’entrejambe). Puis, la barrière du siège est ouverte et il est descendu au sol à l’aide d’un descendeur. Le sauveteur reste en hauteur pour gagner du temps et procéder à la deuxième évacuation.
Cela prend une dizaine de minutes environ. C’est la première mise en place qui prend un peu de temps. Ensuite, les sauveteurs peuvent passer d’une « banquette » à l’autre plus rapidement.
La corde d’intervention fait 60 mètres et l’intervalle entre les sièges est de 23 à 24 mètres, ce qui laisse un peu de « mou ».
Aucun problème de relève
Pour les six jeunes débutants à l’œuvre vendredi dernier, le plus difficile était souvent de se faire confiance et d’éviter les nœuds.
Une fois dans les airs, on est peu stable et les cordes ont vite fait de s’emmêler les unes aux autres. C’est une question d’habitude à prendre,
déploie Frédéric Gafner (57 ans). Ce chef de station du Club alpin suisse a une vingtaine d’années de service derrière lui. Il constate avec satisfaction que le nombre de sauveteurs alpins est plutôt en hausse (2 ans de formation).
Le Club alpin suisse va présenter ce qu’il fait dans les différentes sections régionales et ça permet d’intégrer régulièrement de nouvelles forces. En général, on demande aux débutants de posséder une base de grimpe. Ils ont aussi la possibilité d’opter pour plusieurs spécialisations tel que la recherche en milieux périlleux avec chiens.
Dans ce cas, il y a un examen d’entrée pour « l’aspirant » et pour le chien. Deux des six sauveteurs présents à l’exercice ont choisi cette voie. Mais pas la peine de faire appel à eux si vous avez perdu votre gourde d’absinthe, le saint-bernard et son « tonnelet de remontant » n’est qu’un bon vieux cliché.
Kevin Vaucher