Commune
Chapeau de Napoléon : mise au point du Conseil communal
Parue dans l’édition du 22 octobre dernier et prenant directement à partie la Commune de Val-de-Travers, la lettre de M. Francis Guenot est l’occasion, pour le Conseil communal, d’apporter des précisions quant à la vente du Chapeau de Napoléon.
Réalisée il y a une quinzaine de jours, la vente du Chapeau de Napoléon est intervenue entre deux privés ; cette opération a été traitée directement entre ceux-ci. La Commune de Val-de-Travers n’a pas été impliquée, sauf sur un point : vérifier, à la demande de l’acquéreur, que les activités horlogères qu’il entend y déployer soient conformes à l’affectation de la parcelle. Après contrôle auprès du service cantonal compétent, le Conseil communal a confirmé que rien n’empêchait un tel projet. Autrement dit, même si, à l’instar de M. Guenot, de nombreuses personnes auraient préféré voir le maintien d’un établissement public, le cadre légal – qui s’applique à tous, autorités comprises – n’empêche nullement la future orientation donnée au site, pour autant que les volumes actuels du bâtiment soient respectés.
La Commune de Val-de-Travers aurait-elle dû racheter ce bâtiment ? Oui, pour le mettre en gérance, à en croire M. Guenot, qui se réfère à la piscine des Combes et à espaceVAL. Deux exemples étonnants, dans la mesure où l’externalisation de la buvette de la piscine a été une gageure, compte tenu de la difficulté à trouver des gérants et à assurer des prestations de qualité. Quant au restaurant d’espaceVAL, il a fallu des années à l’Exécutif pour trouver un mode d’exploitation rationnel, efficace et économe, à savoir… sa fermeture. Sa cuisine sert aujourd’hui non pas à de la restauration directe, mais à une entreprise préparant des repas pour des structures d’accueil extrafamilial de tout le canton.
De l’avis du Conseil communal, l’acquisition du Chapeau de Napoléon aurait représenté un risque certain pour les finances communales, déjà fragiles, cela d’autant plus que son potentiel reste malgré tout limité. Il n’est en effet pas anodin qu’en vingt ans de recherches, le propriétaire précédent n’ait pas pu trouver de repreneur souhaitant conserver un restaurant. Autre indicateur aux yeux du Conseil communal : dans une région qui compte pourtant de nombreux acteurs touristiques dynamiques, aucun de ceux-ci ne s’est intéressé à ce site ou n’a, du moins, approché notre autorité pour nous faire part d’une telle intention.
Enfin, mentionné dans le plan directeur de l’offre touristique régionale établi en 2016, le Chapeau de Napoléon n’y figure qu’au titre de restaurant offrant un très beau point de vue sur la région ; il n’y est pas considéré comme un pôle touristique, ni même comme un joyau, ce qu’aucun groupe du Conseil général n’avait alors regretté lors du traitement du dossier.
Indépendamment de l’entretien courant de la route, sur lequel nous revenons plus bas, le Conseil communal estime en outre que la localisation même du Chapeau de Napoléon implique une forte retenue. Isolé, desservi par un seul accès, lequel passe dans sa partie basse sur un terrain instable en raison de nombreuses galeries, le site ne pourrait plus, selon les critères d’aménagement actuels, accueillir une telle construction. Son transfert en mains publiques, avec les objectifs de rentabilité attendus, aurait nécessité de garantir en tout temps un accès praticable au public, les dépenses de stabilisation permanente de la chaussée se trouvant à charge de la collectivité.
L’auteur de la lettre s’interroge également sur le statut de la route. Concrètement, il s’agit d’une route privée communale. Cela signifie qu’elle ne relève pas du domaine public, qui la rendrait ouverte à tous et en tout temps, mais qu’à l’inverse, son usage peut être restreint. Toutefois, compte tenu de la présence jusqu’ici d’un établissement public (situé sur une parcelle entièrement privée), la Commune a toujours entretenu la route, qu’elle utilise également à des fins de desserte forestière.
Jusqu’à l’hiver dernier, la Commune ne s’est pas occupée du déneigement, laissé à charge du restaurant. De l’avis de l’Exécutif, il appartient bien à celui-ci de rendre praticable une route privée utilisée par ses seuls clients. Une intervention de la voirie aurait en outre été difficile à garantir en tout temps : il aurait en effet été difficilement justifiable que celle-ci doive intervenir en priorité sur ce tronçon une fin de soirée enneigée pour permettre à la clientèle du restaurant de redescendre, plutôt que de le faire sur des routes publiques. Néanmoins, afin de faciliter les démarches entreprises par l’ancien propriétaire pour trouver un repreneur inscrivant son activité dans la continuité, le Conseil communal avait accepté, l’hiver dernier, de prendre un passage matinal à charge de la collectivité (déneigement à la montée, salage à la descente), arrangement qui avait alors satisfait le propriétaire.
M. Guenot interpelle également le Conseil communal quant à ses choix en matière d’investissements touristiques, qui favoriseraient Noiraigue, Môtiers et Couvet, l’auteur de la lettre laissant clairement entendre que ces choix relèveraient de la présence dans ces villages de l’entreprise Goût&Région. Cette assertion raccourcie, voire mensongère, mérite quelques précisions.
En premier lieu, relevons que l’entreprise Goût&Région (qui constitue par ailleurs l’un des piliers de notre secteur touristique) n’est pas active à Môtiers. Elle l’est à Couvet, avec l’hôtel de l’Aigle, mais le Conseil communal n’a pas connaissance d’avoir favorisé des projets touristiques à Couvet, si ce n’est au travers d’espaceVAL, dont le développement est, au demeurant, favorable à l’entier de la région. Enfin, la Commune a en effet investi à Noiraigue, en aménageant un parking public et en acquérant un bâtiment à la rue des Tilleuls, dont le coût et la viabilité sont sans commune mesure avec le Chapeau de Napoléon. Il n’échappera en outre à personne que la pression touristique à Noiraigue est importante et que de tels investissements, en termes d’infrastructures surtout, répondent à une nécessité.
Quant au sentiment exprimé par M. Guenot, qui estime que notre région devienne une « cité dortoir » par la faute d’autorités dont l’action est jugée « lamentable », nous en laissons juges les très nombreux acteurs qui s’engagent au quotidien pour la faire vivre et rayonner, que ce soit à titre professionnel ou associatif dans les domaines économique, touristique, social, culturel ou sportif.
Pour conclure, nous remercions le propriétaire précédent d’avoir redonné vie à ce lieu chargé d’histoire, cher aux Vallonniers. Nous souhaitons également plein succès au nouveau repreneur, en nous réjouissant que dans la période économique actuelle, des entrepreneurs locaux aient des projets de développement et qu’ils puissent les concrétiser à Val-de-Travers plutôt qu’ailleurs. Le Conseil communal est actuellement en discussion avec lui pour trouver une solution permettant de maintenir un accès routier pour la population (l’accès pédestre est déjà garanti) et un point de vue sur notre belle vallée.
Le Conseil communal