Collège Daniel-Jeanrichard : fin ou début de chapitre ?
Lors de sa dernière séance, le Conseil général de Val-de-Travers a pris acte du choix de l’exécutif de résilier le bail à loyer du lycée Jean-Piaget pour le collège Daniel-Jeanrichard. Décision qui induit, faute d’alternatives viables, inévitablement la fin d’une filière gymnasiale au Val-de-Travers, mais qui permettra la réunion du demi-cycle 7e/8e sur le site de Fleurier.
C’était l’un des points de la dernière séance du Conseil général, qui pouvait être susceptible de provoquer de vives réactions : le rapport d’information du Conseil communal au sujet de la décision de résilier le bail à loyer du lycée Jean-Piaget pour le collège Daniel-Jeanrichard en août 2022 et son utilisation par le cercle scolaire Jean-Jacques Rousseau. En soit, la fin d’une filière de formation post-obligatoire au Val-de-Travers après l’année scolaire 2021-2022. « Le Conseil communal par ce rapport souhaitait générer le débat, or le débat n’a pas eu lieu », analyse Christophe Calame, conseiller communal en charge du dicastère de la jeunesse et de l’enseignement (DJE). En effet, les groupes politiques du Conseil général ne se sont pas offusqués de la décision du Conseil communal de reprise du bâtiment de Fleurier par le cercle scolaire, le PLR et le Parti socialiste relevant même la valeur des arguments du rapport en question.
Arguments du Conseil communal qui se résument en chiffres. Aujourd’hui, une écrasante majorité des lycéens de l’antenne vallonnière du lycée Jean-Piaget sont extérieurs au Val-de-Travers, seuls 5 étudiants sur 45 sont issus du Vallon, et l’entier du corps enseignant réside ailleurs dans le canton. De plus, pour l’exécutif, la récupération de l’usage du bâtiment de Daniel-Jeanrichard lui permettra de réunir sur un seul site les classes de 7e et 8e années, comme le recommandent les autorités cantonales depuis 2013.
Les raisons politiques pour le maintien d’une filière gymnasiale au Vallon ne se justifient plus,
explique Christophe Calame, dont le sentiment était mitigé lors de son intervention, en repensant à toutes les personnes qui se sont battues pour ce lycée par le passé. Néanmoins, le conseiller communal avoue qu’il a fallu « se rendre à l’évidence » que le maintien de cette antenne post-obligatoire n’était pas la meilleure solution pour la commune. Un constat qu’a partagé le PLR Quentin Di Meo dans sa prise de parole en soulignant que « les choses évoluent ».
Un argument « étriqué »
Vallonnier de résidence et de cœur, enseignant, pédagogue et ancien conseiller communal, Claude-Alain Kleiner regrette passablement cette décision.
J’ai l’impression que les gens n’ont plus la conscience de l’histoire, car lorsqu’on est au Val-de-Travers, c’est un combat permanent !
dit-il, entre amertume et fatalisme, en soulignant les batailles menées pour conserver cette antenne post-obligatoire et la symbolique de la récente décision. Celui qui a pris sa retraite politique en 2012 peut concevoir le besoin de classes et de places du cercle scolaire mais juge l’argument pour le moins « étriqué ». Selon lui, l’offre de formation du lycée Jean-Piaget à Fleurier permettait surtout d’attirer des bacheliers de tout le canton au Val-de-Travers.
Oui c’est une page qui se tourne, mais je suis plus triste que fâché,
résume-t-il, en relevant le paradoxe de voter 13 millions pour des structures d’accueil alors qu’une grande rénovation de Longereuse, pour plusieurs millions supplémentaires, aurait permis le maintien du post-obligatoire au Vallon.
La grande extension de Longereuse, avec une annexe dédiée au post-obligatoire, avait été soigneusement analysée par le Conseil communal, mais le projet aurait alors dépassé les seize ou dix-sept millions.
Ce qui ne correspondait plus aux objectifs initiaux convenus par le Conseil général
admet Christophe Calame, bien que celui-ci aurait correspondu aux exigences du lycée Jean-Piaget et du Conseil d’état, mais sans garantie à long terme que la filière demeure à Fleurier.
J’ai le sentiment que le Conseil communal a fait son travail pour tenter de maintenir cette antenne,
déclare le conseiller communal. Après la révision du projet d’extension de Longereuse, le Conseil communal a réfléchi à divers locaux et lieux, le site Dubied à Couvet ou espaceVal et même le maintien à Daniel-Jeanrichard, mais à chaque fois ces alternatives n’ont convenu ni au lycée Jean-Piaget, ni idéalement à la commune, qui dans le cas d’un statu quo, aurait dû envisager la construction d’un nouveau bâtiment.
Changement de dynamique
Même si Claude-Alain Kleiner peut entendre tous les arguments, celui qui a toujours souscrit à l’idée d’un véritable campus sur le site de Longereuse a un regret.
En 2016, la formation proposée à Fleurier par le lycée Jean-Piaget avait un avenir, mais aucun développement en synergie avec la HEP n’a été entrepris. On a laissé aller,
déplore-t-il, en réitérant un mantra, au Val-de-Travers, il faut se battre pour exister. Il regrette que la vision communale ne vise pas un certain idéal pédagogique et se restreigne au pragmatisme. Au sujet de la formation proposée par le lycée Jean-Piaget, Christophe Calame estime que son orientation pédagogie et son type d’enseignement « marketing », soit entièrement informatique et digitalisé, faisait de Fleurier une antenne particulière. Mais, désormais la digitalisation de l’enseignement est présente sur les autres sites du lycée et cette formation très spécialisée ne possédait pas le même caractère généraliste que la précédente antenne du lycée Denis-de Rougemont dont les bacheliers étaient issus presque exclusivement du Val-de-Travers. Un changement en 2016 que Christophe Calame identifie déjà comme une défaite dans la défense du post-obligatoire au Val-de-Travers.
Le manque de réactions au Conseil général à cette annonce surprend Claude-Alain Kleiner et l’ancien élu estime que celui-ci peut découler d’une certaine « urbanisation de la vie et de la société ». Un constat que rejoint Christophe Calame.
Aujourd’hui, les jeunes ont une vision de la mobilité différente,
relate-t-il, en pensant à la place prépondérante que prennent les villes, La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel, à l’échelle cantonale. « La dynamique a changé », conclut le conseiller communal en citant les divers projets cantonaux pour rapprocher les villes des vallées.
En observateur du Val-de-Travers depuis longtemps, Claude-Alain Kleiner juge qu’il y aura probablement quelques mouvements d’humeur en réponse à la décision du Conseil communal, mais selon lui, les mouvements citoyens et politiques pour conserver un lycée au Val-de-Travers ne se reproduiront pas.
En effet, peut-être qu’il y aura une certaine déception de la population,
estime, lui-aussi, Christophe Calame, en souhaitant mettre en exergue les possibilités qu’offre l’utilisation du collège de Fleurier par le cercle scolaire. Idéalisme et pragmatisme, deux visions pour appréhender la décision du Conseil communal soit comme une fin de chapitre ou soit le commencement d’un nouveau. La réponse tient probablement des deux.
Gabriel Risold