Deux Fées à New York !
Deux millions et demi de spectateurs, 50’000 coureurs, des hélicoptères qui virevoltent dans le ciel, des sirènes de police qui hurlent et une foule, dont on ne voit jamais le bout, qui se déchaîne pour encourager les participants. Bienvenue au marathon de New York. Davantage qu’une course, être sur la ligne new yorkaise est une véritable expérience. Les jours avant le coup d’envoi, la Grande Pomme se gonfle d’une marée humaine qui en devient étouffante et la frénésie gagne peu à peu les rues. Cette démesure américaine, les Vallonnières Inaiana Maillot et Katja Beuret l’ont vécue le 6 novembre dernier. Elles nous racontent!
L’une est adepte du bitume quand l’autre prend son plaisir sur les chemins de forêt. Mais les deux ont le goût de la course à pied et la pratiquent en groupe au sein du Cross-Club Val-de-Travers. Le marathon, c’est plutôt le péché mignon d’Inaiana Maillot (45 ans). Elle en a déjà disputé cinq, en comptant celui de New York. Pour Katja Beuret (44 ans), c’était son premier… et probablement dernier rendez-vous avec les 42.195 kilomètres. «J’ai fait celui qu’il fallait faire et je vais me contenter de ça. Je voulais voir ce que j’étais capable de réaliser sur cette distance en me confrontant avec moi-même. Tout se joue sur la force mentale, la détermination à aller au bout et sur la confiance qu’on a en ses capacités. J’étais venue chercher des réponses, je les ai trouvées. Sans m’en rendre vraiment compte, j’ai terminé la course sans douter de moi.» Une belle fierté!
Premier défi: la douane
Le discours de sa copine est similaire bien que l’objectif était différent. «J’ai vécu deux blessures qui m’ont empêché de courir comme je le voulais ces dernières années. Donc quand j’ai entendu le starter donner le départ du marathon, à New York en plus, c’était comme une délivrance personnelle. Je cours pour moi et pour le plaisir, pas pour la gloire. C’est ça mon moteur». Pour cette Suissesse d’origine brésilienne, la première victoire est intervenue quelques jours plus tôt au moment de poser le(s) pied(s) sur le sol américain. Son passeport brésilien a passablement alourdi les démarches administratives pour pouvoir pousser la porte d’Oncle Sam.
J’ai retenu mon souffle jusqu’à ce qu’on me dise bienvenue en Amérique.
L’inscription obligatoire via une agence: 4000 francs
En réalité, la course vers New York a commencé bien avant la douane. Cela faisait trois ans qu’elles attendaient. C’est dans la moyenne pour avoir le droit de prendre le départ. Aucun dossard ne se vend à l’unité (contrairement à d’autres Majors comme Berlin ou Londres par exemple). Ce sont des agences partenaires qui reçoivent un stock et qui revendent des packs tout compris (vols, hôtel, transferts, dossard,…). «Il faut compter 4000 francs minimum et cette somme ne tient pas compte des repas et autres dépenses sur place.» Comme les participants passent plusieurs jours sur place (départ le jeudi matin, course le dimanche, retour le mardi suivant), la note a vite fait de s’envoler. «On en a profité pour visiter quelques lieux incontournables comme le site du World Trade Center. C’était assurément le moment le plus marquant du voyage.» Voilà aussi pourquoi il faut parler d’expérience new-yorkaise plutôt que de «simple marathon».
16’000 pas le jour précédent
Le jour précédent la course, leurs montres connectées affichaient plus de 16’000 pas effectués. «Il y a mieux pour se préparer à l’effort mais on y allait pas pour les chronos (ndlr : d’ailleurs nous ne vous les donnons volontairement pas. Ils sont disponibles sur internet pour les curieux)», expliquent-elles. Le jour J, l’attente du grand départ n’était pas terminée pour autant. Un seul pont permet d’accéder au lieu de départ (le pont Verrazzano-Narrows) et tout le monde doit être acheminé sur place avant que les premiers ne s’élancent. «On a attendu quatre heures dans la zone de départ avant de pouvoir enfin faire ce pour quoi on était là : courir!» Inaiana et Katja se sont élancées en même temps mais chacune a couru seule. Le marathon est un effort solitaire avant tout. Une aventure qui permet de grandir physiquement et intérieurement.
Dans le New York Times
Le parcours intérieur est intéressant et le parcours extérieur est pas mal non plus. Le spectacle est à chaque coin de rue des cinq grands quartiers de New York : Staten-Island, Brooklyn, Queens, Bronx et Manhattan. La cohue généralisée est monstrueuse. «Il y a des spectateurs partout. L’ambiance est inimaginable. C’est presque frénétique à certains endroits. Les gens se rapprochent au plus près des coureurs, de sorte que la police doit libérer la route pour permettre leur passage. C’est presque trop parfois. ça en devient fatigant dans la tête!» Même fatiguée, Katja ne s’est pas arrêtée une seule fois, contrairement à Inaiana qui a même pris le temps de faire des photos et un «live» avec sa famille au Brésil. Le lendemain le nom des deux Vallonnières était dans le New York Times, comme ceux des 50’000 autres concurrents. Quelques jours plus tard, vous voici contée leur histoire dans le Courrier!
Kevin Vaucher