Dans le rugissement des sirènes
Les Suisses en ont pris lʼhabitude depuis le temps. Cette année encore, comme chaque premier mercredi de février, les 5000 sirènes dʼalarme fixes (et 2200 mobiles) ont hurlé dans tout le pays. Au Val-de-Travers, il y en a une dans chaque village et le commandant de la protection civile, Laurent Jutzeler, estime que le réseau permet dʼatteindre 90% de la population. Entre déclenchement à distance, tests silencieux tous les mois et problème de grand froid, découvrez tous les secrets des sirènes au son de sa voix (ou presque).
La Suisse et les systèmes dʼalarme, cʼest une histoire dʼamour qui dure et qui perdure depuis la nuit des temps. Dès les années 1200, les habitants étaient prévenus des dangers par la corne du veilleur de nuit. Puis il y a eu le tocsin, les signaux de fumée ou encore les tirs de mortier (plus rares) avant lʼapparition des premières sirènes. Si lʼingénieur français Charles Cagniard de Latour lʼinventa en 1819, ce nʼest que vers 1880, avec lʼélectrification, que son utilisation comme système dʼalarme se développa.
Sirènes gelées par le froid
En 1939, la Seconde Guerre mondiale sonna lʼarrivée des sirènes mécaniques.
Elles nʼétaient pas forcément idéales car il arrivait que certaines dʼentre elles gèlent dès les premiers grands froids hivernaux,
rapporte Laurent Jutzeler. En 1962, les sirènes pneumatiques (inspirées des cornes de brume des navires) ont été créées. Suivies de près par les sirènes électroniques (1983) que nous connaissons aujourdʼhui.
Ces sirènes ont lʼavantage dʼêtre reliées au système « polyalert » qui permet de les enclencher de façon centralisée et à distance. Pour le Val-de-Travers, elles peuvent lʼêtre directement depuis Neuchâtel.
Il est aussi possible de les déclencher manuellement sur place. Ce qui est toujours utile en cas de panne électronique par exemple. Une batterie de secours est aussi prévue en cas de coupure électrique.
Tests silencieux tous les mois
Dʼailleurs, la protection civile fait un test avec engagement tous les trois ans. À cette occasion, le déclenchement à distance, le déclenchement manuel et les sirènes mobiles sont mis à lʼépreuve.
Par ailleurs, il faut savoir que des tests de sirènes se font quasiment tous les mois mais il sʼagit de tests silencieux. Ils se font à distance par la police et cela indique si telle sirène est fonctionnelle ou non.
Au Vallon, les onze villages ont leur sirène. Elles ont été modernisées dans les années 2010 avec lʼabandon du mécanique pour du 100% électronique. Le test « bruyant » annuel est surtout utile pour rappeler à la population que ces sirènes sont là et que le risque de les utiliser un jour ne peut pas être écarté.
Cʼest aussi un bon moyen de rappeler aux gens les gestes à adopter si lʼalarme retentit.
De 500 à 1000 watts
Vous le savez-vous ? Il faut rester chez soi (important en cas de problème chimique notamment) et allumer un poste de radio ou de télévision. Cette répétition générale permet aussi aux engagés de la protection civile de répéter leurs propres gestes dʼurgence.
Lʼune des actions principales est de sortir les sirènes mobiles pour aller avertir du danger les habitations hors portée des alarmes fixes. Nous avons un tracé GPS à suivre qui est enregistré à lʼavance. Nous avons aussi la possibilité dʼappeler les résidents isolés et nous tenons à jour une liste de numéros à ce sujet.
Pour information, la puissance de chaque sirène dépend de la zone à couvrir et donc de la taille du village en question.
En fonction des besoins, elles ont donc entre quatre (comme à Buttes) à huit sorties (comme à Couvet) pour une puissance de 500 à 1000 watts.
Et pour les sourds et les malentendants ?
Malgré cette puissance non négligeable, il y a quand même certaines personnes qui passent totalement à travers ce « filet de sécurité sonore ».
Il arrive que des habitants nous appellent pour nous dire quʼils nʼont pas entendu les sirènes lors des tests. Cela pose la question des fenêtres toujours plus efficaces en termes dʼisolation phonique.
Face à ça, mais aussi pour les sourds et les malentendants, lʼapplication « Alertswiss » est une solution sur mesure.
Lorsque la sirène est actionnée, cela envoie une notification pour les prévenir et pour informer sur le comportement à adopter.
La Confédération travaille en ce moment sur un système automatique qui permettrait dʼenvoyer automatiquement une notification à tous les smartphones, mêmes ceux qui nʼont pas lʼapplication « Alertswiss ».
Risques liés au climat
Beaucoup de personnes associent les sirènes à un risque dʼattaque armée ennemie. Or, ce sont plutôt les risques liés au climat qui sont les plus menaçants en Suisse aujourdʼhui (inondation, feu de forêt proche de maisons,…). Avant lʼéclosion des moyens de communication plus modernes, les sirènes étaient aussi utilisées pour prévenir les pompiers dʼune intervention. Et encore aujourdʼhui, on ne peut pas négliger lʼimportance de ces alarmes en cas de danger réel ou imminent.
On lʼa vu lʼété passé dans lʼouest de lʼAllemagne au moment des intempéries. Il y a eu une dizaine de morts et on a reproché à la protection civile de ne pas avoir réagi assez tôt. Il semblerait que le système dʼalarme nʼétait pas tout à fait à jour.
Pour éviter cette mésaventure, cela vaut bien le coup de sʼenvoyer 1000 watts par année dans les oreilles, non ?
Plus de 30 ans de protection civile
Laurent Jutzeler est un Neuchâtelois du bas. Il a vécu à Hauterive de nombreuses années avant dʼarriver au Val-de-Travers il y a 25 ans. Il y est devenu commandant de district de la protection civile le 1er février 2007. Un poste créé cette année-là. Il a aujourdʼhui 130 astreints sous ses ordres. Cʼest en 1991, à la suite dʼun problème de santé, quʼil a été « reversé » dans la protection civile par lʼarmée. Cet ancien conseiller général de Couvet – avant la fusion – a aussi enseigné une douzaine dʼannées au CPMB (Centre professionnel des métiers du bâtiment). Il a également été serrurier-constructeur, domaine dans lequel il possède une maîtrise fédérale.