De grands garçons pour une grande histoire…
« Un petit stand, quatre cibles et 300 tireurs. Et pourtant, tout s’est très bien passé aux Verrières. Comme quoi, on est des grands garçons par ici… et des grandes dames aussi, ne les oublions pas. » Voilà le décor, planté en finesse, par le président de la société de tir La Verrisanne, Jean-Bernard Wieland. Samedi matin, les meilleurs tireurs de la deuxième édition du Tir historique des Bourbaki ont reçu leurs prix à l’Hôtel de Ville du village. Un pistolet et un Fass 90 en catégories individuelles et une fontaine à absinthe pour les groupes.
Au mois de mai dernier, ce sont donc 300 tireurs qui ont afflué vers le stand de tir des Verrières. Une année plus tôt, la première édition avait sacré un artificier local sur 25 mètres (pistolet, Ueli Gerber) et un tireur extérieur sur 300 mètres. En 2023, La Verrisanne a conservé un lauréat parmi les meilleurs tireurs. Mais c’est sur 300 mètres qu’Anthony Zeller a fait la différence avec 142 points. En revanche, c’est un représentant fribourgeois (Eric Bourqui) qui a été le plus habile au pistolet.
Des armes sous forme de bons
Les deux plus fines gâchettes reçoivent donc une arme comme récompense. Enfin, ça c’est dans la pratique. « Les démarches administratives sont trop lourdes pour pouvoir procéder aux remises des armes (un Fass 90 et un pistolet d’ordonnance) en mains propres. Il faut faire une demande d’autorisation d’achat à la police puis aller à l’échelon cantonal ou fédéral. Et même si nous parvenions à avoir un représentant du Conseil fédéral pour la cérémonie, les armes sont généralement reprises aussitôt par les autorités jusqu’à ce que tout soit en règle », détaille Jean-Bernard Wieland. Bref, ce serait beaucoup d’agitation inutile. Ce sont donc des bons qui ont été remis aux vainqueurs.
En présences du colonel Jordan et d’Yvan Perrin
Pour ce qui est des groupes, ce sont ceux de Rochefort (300 m) et de Schwarzenburg (25 m) qui ont triomphé. Le colonel Jean-Luc Jordan et le président de la Société neuchâteloise de tir sportif Yvan Perrin ont donné des allures encore plus solennelles à ce moment, partagé devant la fresque des Bourbaki. Car qui dit Ttir historique dit aussi bref rappel historique.
Jean-Bernard Wieland a donc présenté l’histoire de l’armée Bourbaki à ses invités du jour. Avec ses mots, percutants et singuliers : « En France, Napoléon III a jugé bon d’aller secouer les Allemands. La réplique n’a pas tardé et la guerre a été déclarée le 19 juillet 1870. » Bientôt, les Français se retrouvent acculés par l’adversaire.
On ne tire pas sur l’ambulance
« L’armée allemande arrive à Paris et bloque la capitale. Napoléon III est sévèrement défait. » À notre frontière, une armée de Province se constitue autour du général Bourbaki pour tenter de répliquer. Mais c’est peine perdue et elle est acculée à la frontière suisse. La suite on la connaît. « 70’000 hommes sont accueillis aux Verrières. Seuls 33 y perdront la vie. D’ailleurs, sur la fresque de l’Hôtel de Ville, on aperçoit une ambulance. C’est celle d’Edouard Castres. Il a suivi les Bourbaki depuis Belfort avec son ambulance personnelle et ses propres médicaments. C’est un autoportrait car c’est aussi lui qui a peint les scènes de cet événement historique. Ça va, je n’ai pas été trop long ? » Juste ce qu’il faut pour que les grands garçons et les grandes dames supportent la « poésie du soir » sans piquer du nez…
Kevin Vaucher