En mars, le train repart !
La ligne ferroviaire entre Fleurier et Buttes est en travaux depuis avril 2021. Le 14 juillet, la circulation des trains avait été suspendue et un retard dans l’homologation de la gare de Buttes en a empêché la reprise en décembre, comme prévu initialement. Finalement, il faudra encore attendre un mois avant que Buttes n’entende à nouveau siffler le train puisqu’un retour à la normale a été annoncé pour le 6 mars par TransN.
Mars 2022 devrait aussi marquer la fin des travaux sur la voie entre Fleurier et Buttes. Récemment, des machines de chantier restées durant l’hiver ont été évacuées par camions vers d’autres régions, signe que la fin des hostilités est proche. Il ne devrait rester que quelques interventions de contrôle durant le mois de février avant de pouvoir à nouveau faire chauffer les rails. Avant Noël, la porte-parole de TransN Aline Odot expliquait que la gare de Buttes n’avait pas encore été homologuée par l’Office fédéral des transports et qu’il était obligatoire qu’elle le soit avant de pouvoir envisager une remise en marche des trains jusqu’au village.
Une coupure de près de huit mois
Depuis le 14 juillet, des bus de remplacement circulent avec un horaire avancé de trois minutes. Ceci afin de permettre aux usagers de capter la correspondance en gare de Fleurier puisque la ligne 221 à destination de Neuchâtel est toujours en service. Près de huit mois plus tard, l’homologation du tronçon Fleurier-Buttes devrait donc conduire à une réouverture du trafic ferroviaire direct jusqu’à Buttes dès le dimanche 6 mars. Cela faisait un bon bout de temps que le village n’avait plus été coupé du rail aussi longtemps. En effet, l’idée de relier Neuchâtel à la France en passant par le Val-de-Travers a été étudiée dès le début du chemin de fer.
Cette nécessité a rapidement fait l’unanimité. Le Grand Conseil neuchâtelois a nommé une commission pour se pencher sur deux projets en 1852. Le premier passait par Morteau, le Col-des-Roches et La Chaux-de-Fonds. Le second reliait Pontarlier au Val-de-Travers. Au Vallon, certains avaient exprimé le souhait que la liaison desserve tous les villages du fond de la vallée puis remonte ensuite de Buttes en direction des Verrières en passant par La Côte-aux-Fées. Mais pour concrétiser ce projet, il aurait fallu construire un viaduc tournant à Fleurier et franchir une pente jugée trop importante au-delà des habitations butteranes.
La longue histoire du rail au Val-de-Travers
C’est donc la solution directe entre Travers et Les Verrières qui avait eu la préférence. En « contrepartie », un arrêt avait été créé au-dessus de Boveresse pour les habitants du Val-de-Travers. La Société neuchâteloise du Franco-Suisse avait donc conclu un accord avec la société française du Paris-Lyon-Marseille en 1856. Le 24 juillet 1860, la ligne Neuchâtel-Pontarlier était inaugurée. Le premier train avait quitté Neuchâtel à 8 h pour atteindre Pontarlier à 11 h 35. Le projet de relier par train tous les villages du Vallon a ensuite été repris par la Compagnie de chemin de fer régional du Val-de-Travers et concrétisé en 1883.
Enfin, pas tout à fait ! Au départ, il passait par Travers-Fleurier et Saint-Sulpice. Ce n’est que trois ans plus tard que la ligne fut rallongée jusqu’à Buttes. Les terrains traversés avaient majoritairement été cédés gratuitement par les communes. Cet enthousiasme s’expliquait par les nouvelles perspectives industrielles offertes par l’arrivée du chemin de fer. Les ouvriers bénéficiaient d’une meilleure mobilité et l’exportation de la production locale s’en trouvait grandement renforcée. Conséquence directe : la deuxième moitié du 19e siècle fut marquée par la construction de grandes usines au détriment des petits ateliers familiaux qui s’étaient multipliés jusque-là. 150 ans plus tard, les personnes à mobilité réduite auront enfin un quai adapté à leurs besoins en gare de Buttes. Le progrès à vitesse variable !
Kevin Vaucher