Environnement
Élèves, forestiers et oiseaux à l’œuvre pour diversifier nos forêts
La semaine dernière, les élèves de 7e et 8e Harmos du Cercle scolaire du Val-de-Travers avaient une étonnante mission dans deux forêts du bas du canton : collecter le plus de glands possible. L’objectif de ce projet, mené avec le Service des forêts du Val-de-Travers, est de permettre l’implantation du chêne au Vallon et ce, grâce à un oiseau.
En ce début de période de vendange, quatre classes de 7e et 8e degrés de l’École Jean-Jacques Rousseau (EJJR) ont procédé à une récolte un peu particulière, vendredi dernier, dans deux forêts de La Grande Béroche, les élèves devant collecter des glands. Dans les bois de Charcotet et du Devens, encadrés par leurs enseignants et les membres du Service des forêts de l’arrondissement du Val-de-Travers, les enfants ont parcouru les sentiers, sac à la main, pour réunir le plus de kilos possible du fruit du chêne. « On espère atteindre un minimum de 200 kilos », relève Alix Mercier, ingénieur forestier de l’arrondissement, soulignant qu’un petit concours entre classes pour savoir laquelle aura le meilleur butin est mises en place.
À observer les élèves aller et venir pour remplir les sacs de jute, la compétition est motivante, mais l’objectif de l’opération est bien plus vaste. En raison du changement climatique et de la hausse des températures, les forêts de résineux, comme celles du Val-de-Travers, souffriront toujours plus à l’avenir. « Or, plus une forêt est diversifiée plus elle est résiliente face à ces changements », explique Alix Mercier. « Il faut adapter nos forêts et penser à celles de demain ». La collecte de glands dans les bois du Littoral, où l’essence du chêne est très répandue, a ainsi pour but de replanter ces fruits au Val-de-Travers, mais pas avec la main de l’homme. Cette tâche sera dévolue au geai des chênes.
Le geai comme allié
Durant l’automne, le geai des chênes récolte, naturellement, de lourdes graines, comme les glands, pour les dissimuler dans le sol pour se constituer des réserves durant l’hiver. Au printemps, son type d’alimentation change et l’oiseau abandonne les fruits plantés, qui ont ainsi une chance de germer. « Ce geai le fait même mieux que nous, en choisissant les graines les plus viables, les enfouissant dans de la terre meuble et même en les dissimulant», poursuit l’ingénieur forestier, pour qui l’oiseau est un « fidèle allié du forestier ». Ce projet d’ornithorégénération, nommé réGEAInération, Alix Mercier y réfléchit depuis environ trois ans. « Cela existe depuis une dizaine d’années et la littérature scientifique s’est étoffée depuis », détaille-t-il, en précisant que des actions similaires sont en cours dans d’autres arrondissements forestiers du canton.
Si la pratique peut concerner d’autres espèces d’oiseaux et d’essences, le geai a été choisi car endémique dans la région du Val-de-Travers, et le chêne, car il est adapté au climat futur, vecteur de biodiversité et favorable d’un point de vue économique. « Le fait de collecter ces glands sur deux sites distincts permet aussi d’augmenter la diversité génétique », complète Alix Mercier. La collaboration avec l’EJJR ravit aussi l’ingénieur car elle permet une sensibilisation aux thématiques de la nature et de la forêt avec un exemple pratique. « Les élèves ont eu des introductions en classe et un suivi dans quelques mois sera possible », note-t-il. D’ailleurs, à questionner les élèves entre deux récoltes, ils sont intarissables sur le sujet.
366 kilos en une matinée
La récolte de cette matinée sur le Littoral n’est qu’une première étape. « Ensuite, une partie des fruits seront répartis dans des cagettes qui seront disposées sur des souches afin de les protéger du gibier, comme le sanglier ou le chevreuil », développe Alix Mercier. Au Val-de-Travers, cinq sites ont été identifiés par les forestiers pour accueillir ces corbeilles, tous exposés sud, sur les hauteurs de Noiraigue, Couvet, Fleurier, Buttes et des Verrières. « Jusqu’en novembre, nous irons les réapprovisionner en glands », poursuit-il, en ayant l’espoir que les geais les fassent « disparaître » rapidement.
Afin d’observer l’action de la faune, des pièges photographiques seront également disposés à proximité des cagettes. Pour juger du bilan du projet, il faudra attendre le printemps avec peut-être la chance de découvrir autour des sites de dépôt, quelques jeunes pousses de chênes. « Et les protéger pour permettre leur croissance », ajoute l’ingénieur forestier, conscient qu’il ne verra pas le résultat final, soit des chênes adultes. « Mais ces enfants le verront peut-être », note-t-il, avec un sourire. Pour l’heure, un premier objectif a été atteint, les quatre classes ont réussi à collecter 366 kilos de glands. Aux geais maintenant de faire le travail.
Gabriel Risold