EspaceVal : terrain d’entraînement de Stéphanie Berger
Depuis cinq ans l’espaceVal et la région alentour sont le terrain d’entraînement de la triathlète nord vaudoise, spécialisée longue distance, Stéphanie Berger. Rencontre avec une athlète au parcours singulier et à la motivation indéfectible.
Nouvelles mesures sanitaires obligent, nous peinons à reconnaître notre interlocutrice derrière le masque obligatoire. D’ordinaire, Stéphanie Berger sortirait de sa séance d’entraînement, mais aujourd’hui, elle est présente à Couvet pour négocier la possibilité de continuer son entraînement malgré les directives sanitaires. à la cafétéria du centre, la triathlète trentenaire nous accorde avec enthousiasme un entretien autour d’un cappuccino, l’un des plaisirs qu’elle s’autorise normalement après des heures de labeur dans ce lieu devenu son centre d’entraînement.
Notre première question est évidemment comment cette Nord-Vaudoise, habitante d’Epautheyres, est arrivée ici, à l’espaceVal. « C’est tout une histoire », commence-t-elle. « Il y a cinq ans, je préparais un Ironman et je recherchais une piscine autorisant le port de la combinaison néoprène et j’avais essuyé plusieurs refus sur Yverdon et le canton de Vaud. » Mais lors d’un tour en moto avec son époux au Val-de-Travers, elle remarque le centre espaceVal et décide de se renseigner. « Contrairement à ailleurs, on ne m’a pas dit non immédiatement. Ils ont considéré ma demande et ont accepté » explique-t-elle. Cet accord marque le début d’une relation de confiance entre l’athlète de 33 ans à l’époque et du Centre sportif. Au départ, elle-même ne remarquait pas tout le potentiel du lieu et de la région. « Il y a certes le bassin où je peux avoir ma ligne d’eau, mais il y a toutes les infrastructures comme la piste. » Ainsi, la triathlète a trouvé à l’espaceVal la qualité et la sérénité nécessaires à sa préparation. à converser avec elle, on perçoit instantanément qu’elle se sent un peu chez elle, ici. Et le terrain d’entraînement de Stéphanie Berger ne se limite pas au centre.
Devant son cappuccino, elle nous décrit les parcours possibles au Val-de-Travers pour entraîner la course à pied et le vélo au plat ou avec des pourcentages, ce qu’elle avoue être son point faible dans cette discipline qui combine trois sports. « Je suis assez linéaire dans les trois disciplines, j’ai juste ce petit manque de force dans les bosses sur le vélo. Je dois encore travailler cela », reconnaît-elle. Travailler, elle le fait depuis plusieurs années avec le triathlète professionnel français et entraîneur Romain Guillaume. « Nous avons vraiment une super relation, très saine et basée sur la confiance », explique Stéphanie Berger. Toutefois, pendant six mois, elle a essayé de progresser plus rapidement auprès de Brett Sutton, entraîneur à succès de Daniela Ryf et Nicola Spirig, deux fers-de-lance du triathlon suisse. « Mais, la dimension humaine me manquait, et quand vous n’êtes que semi-professionnelle, il est difficile d’avoir toute l’attention de ce profil de coach », avoue-t-elle avec un léger regret. Ainsi, Stéphanie a choisi de se tourner à nouveau vers Romain Guillaume, et ce pour le mieux.
Le triathlon seconde passion sportive
La vie sportive de Stéphanie Berger a d’abord été marquée par l’équitation. En 2007, âgée de 26 ans, elle devenait championne suisse de dressage, en catégorie R. Cependant, les aléas de la vie ont fait que la carrière qu’elle ambitionnait est devenue impossible, faute de moyens pour travailler avec des chevaux de compétition. « J’aurais pu intégrer une équipe en Allemagne, mais alors je n’aurais plus été seul maître à bord », nous expose-t-elle. Ainsi, cette compétitrice née s’oriente-t-elle d’abord vers la course à pied puis le triathlon. L’exigence de la discipline et l’implication nécessaire pour obtenir des résultats ont attiré la Nord Vaudoise vers celle-ci. « C’était aussi un challenge personnel, car je devais apprendre véritablement à nager, confie-t-elle. Et dans ce sport, le travail paie ». Guidée par le dépassement de soi, elle se tourne vers les formats longues distances du triathlon : semi-Ironman et Ironman. Le profil de cette épreuve (3800 m de natation, environ 180 km de cyclisme et un marathon) impressionne et tétanise le néophyte. Pour la triathlète de 38 ans, la préparation est certes essentielle, mais le mental l’est encore plus. « Il faut pouvoir débrancher le cerveau », nous réplique-t-elle. Cette capacité nous apparaît comme sa plus grande qualité lorsqu’elle nous raconte comment elle parvient souvent à faire la différence sur les fins de courses. Les résultats de Stéphanie Berger parlent d’eux-mêmes. Dans sa catégorie (amateurs / 35-39 ans), elle a participé à trois championnats du monde de semi-Ironman, avec deux 4e places à la clé et terminé également 4e du championnat d’Europe d’Ironman en 2017. Surtout, elle figure dans le 1% des meilleurs athlètes mondiaux sur ces distances.
Ses performances sont le fruit des 25 à 30 heures hebdomadaires d’entraînement. Un investissement personnel parfois difficile à concilier avec sa vie privée. « Mon mari est très conciliant », reconnaît-elle. Depuis des années, le couple a su établir un modus vivendi et Alexandre Berger accompagne fréquemment son épouse sur les épreuves et officie même comme coach en transmettant les écarts et les chronos. « J’ai de la chance », nous dit-elle, avant de nous confier connaître des personnes se séparant en raison des sacrifices que demande la discipline. Des sacrifices qui sont aussi financiers. En effet, elle estime le coût de l’ensemble d’une saison à Fr. 10’000.-. Des frais qui vont du matériel jusqu’aux massages, en passant par les voyages et les entraînements. Justement, est-il aisé de trouver des soutiens financiers dans un sport relativement peu médiatisé en dehors des Jeux olympiques et des grands événements ? Sur ce point également, elle se reconnaît chanceuse. « Mon époux est cardiologue à Lausanne et notre situation est très enviable », détaille la triathlète qui s’occupe de la comptabilité du cabinet de cardiologie. Un investissement total pour le plaisir de pratiquer son sport et poursuivre sa progression, mais aussi l’honneur de porter la combinaison rouge, aux lettres “ SUI ”. « Je suis assez patriote, alors c’est une fierté », clame-t-elle, tout sourire. Le triathlon suisse produit depuis plusieurs années nombre de champions et championnes. Selon Stéphanie Berger, cela est dû aux conditions d’entraînement parfaites en Suisse et éventuellement au fait que la discipline reflète un peu le caractère helvétique : une certaine rigueur, la régularité et l’humilité. D’ailleurs, cette dernière qualité est le point commun qu’elle reconnaît chez Daniela Ryf et Nicola Spirig, qu’elle a eu l’occasion de côtoyer. « Malgré qu’elles soient d’immenses athlètes, elles restent toujours humbles et bienveillantes », nous confie-t-elle, respectueuse.
Un rêve comme objectif
La particulière année 2020 l’est aussi pour les sportifs d’élite. Les annulations et les reports de compétitions se sont succédé et Stéphanie Berger n’a pu participer qu’à quatre compétitions avec tout de même de bons résultats à la clé. « La planification est compliquée », explique-t-elle, « mais il ne faut surtout pas se frustrer en cas d’annulation. » Un état d’esprit qu’elle conserve en cette fin d’année, avec en exemple l’annulation d’un Ironman au Portugal le week-end dernier.
Ainsi, la Nord Vaudoise a déjà le regard tourné vers 2021 et ses prochaines échéances. La triathlète de 38 ans vise les championnats du monde de semi-Ironman et poursuit sa quête du Graal, la qualification pour les championnats du monde d’Ironman, à Hawaï. « C’est le rêve du triathlète », confirme-t-elle. L’année passée, Stéphanie Berger avait échoué à environ 10’ de la qualification pour l’édition 2020, mais se veut philosophe. « L’épreuve a été annulée cette année en raison de la pandémie, peut-être était-ce le destin », relativise-t-elle. à 38 ans, pense-t-elle pouvoir encore progresser et avoir sa chance dans une discipline où l’expérience et la connaissance de son corps sont fondamentales ? Là aussi, la triathlète garde les pieds sur terre. « Pour être franche, il va me falloir un peu de bol », avoue-t-elle. La qualification ne sera possible que par une course en tous points parfaite et avec peut-être un coup de pouce du destin pour que les minutes et les centièmes tournent en sa faveur. « Mais je ne lâcherai rien. Il en faut beaucoup pour que j’abandonne », clame-t-elle, volontaire.
Cette volonté, Stéphanie Berger la tient en partie d’une embolie pulmonaire en 2010 et des médecins qui la donnaient alors perdue pour le sport de haut niveau. « Cela m’a constitué une armure pour la vie et me permet de me dépasser encore plus ». Toutefois, le décès prématuré de sa mère et son renoncement à la maternité pour raisons médicales sont autant d’épreuves de vie qui ont servi à la triathlète pour se forger une mentalité indéfectible. Sous la cuirasse, apparaît ainsi une personnalité attachante qui a érigé la résilience en moteur pour dépasser les limites et aller au-delà d’elle-même. Alors, une Ironwoman ?