Exposition à Môtiers
Troublants témoignages à la MABS
Vendredi dernier, la Maison de l’absinthe vernissait sa nouvelle exposition temporaire. Intitulée « En eaux troubles, témoignages d’une vallée clandestine », cette dernière donne la parole à vingt témoins connus ou méconnus de différents âges et professions à propos du breuvage clandestin et du parfum d’interdit qui l’entoure toujours.
Un fils de restaurateur, un « résistant », une distillatrice, un herboriste, un gendarme, un artiste-grapheur ou encore un contrôleur de la régie fédérale des alcools, telle est la liste non exhaustive des vingt témoins mis à l’honneur de la nouvelle exposition temporaire de la Maison de l’absinthe (MABS) à Môtiers. Vingt témoignages, de trois à quatre minutes, drôles, loufoques, touchants, intimistes parfois polémiques, mais d’une grande authenticité, sont projetés au public dans cinq alcôves de cinq ambiances différentes en lien avec les lieux de tournage des entretiens.
Ces témoignages ont une valeur forte,
note le directeur de la MABS, Yann Klauser.
Les recueillir s’inscrit dans le rôle de la fondation, soit de préserver le patrimoine immatériel lié à l’absinthe.
Le musée propose déjà dans son exposition permanente dix témoignages audiovisuels, mais après huit ans d’activité, Yann Klauser et la chargée d’exposition, Marie Jeannet, avaient le désir de renouveler et d’étoffer cette collection de souvenirs et d’impressions. Ces nouveaux témoignages sont ainsi mis en valeur dans cette exposition temporaire. Témoignages essentiels pour raconter l’histoire de la Fée verte durant sa période de clandestinité pour laquelle les archives manquent. Pour autant, l’exposition « En eaux troubles » ne se concentre pas uniquement sur les témoins du temps de l’interdiction, mais convoque aussi des regards d’aujourd’hui.
Ce sont les archives de demain,
sourit Yann Klauser.
Des « petites pépites »
Financée par des fonds de nouvelle politique régionale et par des partenaires privés, « En eaux troubles » est une des plus grandes expositions temporaires montées par la MABS. Malgré un format connu, les vingt témoignages sont fascinants.
C’est génial d’avoir autant de petites pépites,
se réjouit Yann Klauser. Parmi le florilège d’anecdotes, relevons une rocambolesque perquisition de la gendarmerie en side-car aux Bayards, une lessiveuse transformée en alambic par « des petits malins », un employé des postes qui vend l’absinthe de son ami distillateur à même le guichet ou encore le récit de l’historien Jean-Pierre Jelmini relatant comment, à l’âge de quatorze ans, il convoyait secrètement des litres d’absinthe à Lausanne.
D’autres témoignages évoquent quant à eux le passage de l’absinthe de l’ombre à la lumière, parfois même de manière « cocasse », ou l’aura culturelle dont elle est à jamais drapée et explorent les différentes dimensions de son histoire. L’exposition est à voir jusqu’au 31 décembre 2023, ensuite, les vingt documents audiovisuels seront intégrés à l’exposition permanente du musée. Le directeur de la MABS l’avoue, il possède toujours une petite liste de noms dont il souhaiterait recueillir les souvenirs et histoires avant qu’ils ne s’oublient ou ne disparaissent, mais parfois il essuie un refus.
Cela fait encore remonter trop de souvenirs,
reconnaît Yann Klauser. Tant de souvenirs et d’histoires qui dressent et expriment la vie « clandestine » d’une vallée.
Gabriel Risold