Inside Val : baptême du feu sous la neige !
La formation des recrues sapeurs-pompiers bat son plein et c’est avec la piste feu de Couvet qu’elles ont fait connaissance samedi dernier. Il ne faisait pas un temps à mettre un pompier dehors… mais une quarantaine, oui, sans problème ! C’est aux côtés de sapeurs confirmés et au contact de « gradés » que nos recrues ont passé ce palier supplémentaire très important. La quarantaine d’hommes et femmes présents ce jour-là ont participé à quatre ateliers par équipes. Les recrues ont ainsi fait face au feu pour la première fois de leur cursus. En sa qualité de recrue et de reporter, notre journaliste Kevin Vaucher raconte cette journée de « baptême ».
Lorsque je me réveille ce samedi matin, j’aperçois un fin manteau neigeux depuis ma fenêtre. Je regarde le thermomètre et il indique 0.7 degré. Il n’y a pas de repos ni de répit pour les braves, dit-on. Alors c’est parti pour cette journée qui restera d’autant plus marquée dans ma mémoire de par les conditions particulières dans lesquelles elle s’apprête à se dérouler. Lorsque j’arrive à la fameuse piste feu de Couvet, ce sont les anciens qui déroulent ! Non, pas les tuyaux. Mais les souvenirs d’interventions liés à la météo. J’apprends ainsi que l’échelle de l’ancien véhicule était restée bloquée car figée par les projections d’eau qui avaient gelé pendant l’opération. Il avait fallu briser la glace à la main pour pouvoir « rentrer » l’échelle et repartir. Le froid a aussi déjà joué de mauvais tours aux lances et aux tuyaux et les anecdotes sur le sujet ne manquent pas non plus. De là, découle le premier enseignement du jour : lorsqu’il fait froid, il faut toujours laisser circuler un filet d’eau pour éviter que ce type de matériel ne gèle.
Pas d’écran de fumée, juste la réalité !
Mais assez discuté et place à l’action. Après avoir revu l’engagement et le repli de l’appareil respiratoire isolant (ARI) avec Vincent Pezzatti, les recrues présentes ont été intégrées par groupes de trois aux différentes équipes constituées. C’est avec Vincent Deluz (l’universitaire passionné d’histoire) et Katy Ventura (une jeune Vallonnière volontaire et toujours souriante, même au feu) que j’ai participé à ces exercices préparés par les instructeurs. Chacun est facilement identifiable grâce à sa tenue adaptée à son grade. J’identifie notamment rapidement Jean-Marc Vaucher (responsable du rapport d’intervention clôturant cette journée de formation), le capitaine Cédric Maeder (qui vient d’être récompensé pour 20 ans de service) et l’homme de terrain Xavier Lhorme qui veille au bon déroulement général des événements à la piste feu. Le premier atelier nous a fait toucher d’un peu plus près les dangers du gaz sur un feu. Face à un incendie, les fumées représentent un danger certain car elles sont chaudes, opaques, mobiles, inflammables et toxiques. Dans ce cocktail, le gaz représente un ingrédient « explosif » dont on se passerait bien mais qu’il faut être capable de maîtriser.
Face au feu, à nous deux !
Le deuxième « poste » tenu par Cédric Matthey avait deux objectifs. Le premier était de mieux comprendre le travail du camion-échelle pour que son échelle de 32 mètres et que sa nacelle d’évacuation restent des atouts mobilisables avec n’importe quel pompier présent sur l’urgence, peu importe son expérience. Le second était d’apprendre à installer un rideau anti-fumée dans l’embrasure d’une porte. C’est un outil important qui permet de contenir le feu dans une pièce tout en permettant aux pompiers d’aller et venir dans cette même pièce (le rideau n’étant fixé que sur sa partie haute). C’est sur les deux derniers ateliers que nous avons vécu notre baptême du feu dans la bien nommée « maison du feu » de la piste de La Presta. Le capitaine Fabio Castellani nous accueillait à l’étage avec pour mission de sauver des flammes les occupants de la maison (des mannequins au poids réel) pour une équipe et d’éteindre l’incendie pour l’autre. Deux caméras thermiques nous permettaient de localiser les points de chaleur et d’avancer en direction du feu. Nous avons aussi utilisé la lance avant d’entrer dans chaque partie de la maison pour savoir si la température était élevée ou « raisonnable ».
La magistrale démonstration de l’utilité de la formation
Pour se faire, il suffit de gicler le plafond de la pièce et d’écouter si des gouttes d’eau retombent au sol ou non. Si c’est le cas, la température de cet espace n’est pas excessive. Autre réflexe à avoir, ouvrir les fenêtres pour permettre à la fumée de s’évacuer (et avancer un peu moins « dans le brouillard »). En revanche, il faut restreindre l’apport d’oxygène où le foyer s’est déclaré car un brasier se nourrit d’oxygène. S’il y a une porte, il faut « arroser » le plafond deux secondes puis la refermer. Les vapeurs d’eau vont ainsi peu à peu étouffer l’incendie. Il sera ensuite plus simple et rapide d’agir directement sur la source du feu. De plain-pied, c’est Christian Fragnière qui nous recevait avec un feu de cuisine comme mise en situation. Mais lorsque l’équipe est entrée pour l’éteindre, un second départ de feu s’est déclenché juste à côté dans le salon.
Bilan de la mission : la mère et son enfant ont été sortis indemnes du bâtiment. Ouf ! Puis nous sommes entrés à nouveau dans l’espace d’exercice pour évacuer les fumées. La technique pour accélérer le processus est de gicler avec la lance – en projection large – à travers une fenêtre. Un « couloir d’évacuation » est ainsi créé vers l’extérieur et la visibilité s’éclaircit rapidement à l’intérieur. Mauvaise surprise à nos pieds, le mari s’était recroquevillé dans un coin pour échapper aux fumées et il a surtout échappé à la vigilance de l’équipe de sauvetage. Démonstration magistrale que c’est en acquérant les bons gestes et les bons réflexes en formation que le sapeur-pompier sauve des vies en conditions réelles. Il n’y a pas plus belle fin pour cet article. à très vite pour la suite, à savoir une grosse semaine de formation début mai !
Kevin Vaucher