Inside Val : du sang et des larmes !
En matière de nouvelle aventure, on dit qu’on n’est jamais réellement allé au bout du processus tant qu’il n’y a pas eu du sang et des larmes. Pas des larmes de tristesse bien sûr, un « solide » ne pleure pas, mais des « perles sucrées » synonymes d’avoir poussé son corps jusque dans des territoires encore inconnus jusqu’ici. Si la quinzaine de recrues des sapeurs-pompiers 2022 ne sont pas encore allées aussi loin, elles ont commencé à explorer concrètement le terrain des soldats du feu samedi lors d’une grosse journée de formation. La marche vallonnée sous appareil respiratoire s’est chargée du « volet sang », il reste encore les larmes à aller trouver. Patience, le processus continue et le feu attend les sapeurs sur le bord du chemin !
« Step by step » ou « pas après pas » si vous préférez. Tels ont été les mots du major Patrick Piaget au moment d’aborder la marche sous appareil respiratoire qui attendait les recrues samedi dernier. Il était 7 h 30 lorsque l’appel fut lancé devant le hangar des pompiers de Fleurier dans une ambiance encore fraîche mais avec les premières lueurs du soleil venant caresser le visage de nos recrues 2022. Alignées côte à côte sur deux rangées bien symétriques, les recrues partaient pour dix heures de formations pratiques réparties sur plusieurs « postes ». Après l’appel, la quinzaine de recrues ont été séparées en deux groupes pour gagner en clarté et en efficacité. Xavier Lhorme d’un côté et Alexandre Fink de l’autre, ont donné une instruction de deux heures sur l’utilisation de l’appareil respiratoire. En alliant décontraction et sérieux, ils ont efficacement permis aux recrues d’apprivoiser « la bête ».
Un binôme de feu, une équipe de choc
S’il fallait ressortir une chose pour résumer ce moment, ce serait « savoir être autonome tout en veillant sur l’autre ». En opération, un pompier doit savoir procéder à l’engagement tout seul rapidement (préparation en vue d’une intervention). Et il doit aussi s’assurer de la sécurité de ses camarades, notamment lors du contrôle réciproque de matériel. Un pompier ne doit jamais être seul sur le site d’un sinistre, c’est ce qu’on appelle un basique ! Sur cette journée, mon binôme était Quentin Goncerut. Ce mécanicien de 25 ans a répondu favorablement à son obligation militaire et il envisage actuellement une reconversion en tant qu’aspirant policier. Ce qui l’anime, c’est l’action et l’envie d’agir pour les autres, peu importe l’uniforme qu’il a sur les épaules. Voilà ce qui l’a poussé à suivre ce recrutement. L’entente ne pouvait qu’être optimale avec lui.
L’entente générale au sein du groupe a d’ailleurs été très bonne. Chaque personne a apporté une plus-value en fonction de sa personnalité. Vincent Deluz, universitaire passionné par les techniques de combat à travers l’histoire, a apporté sa soif d’apprendre. Ce recrutement est une nouvelle découverte dans laquelle il s’engage pleinement. Anne Gerber a apporté du relief avec sa bonne humeur et Alice Boileau, de la fraîcheur et de la « force » au moment de « s’attaquer aux hydrantes ». Laurent Zuber est quant à lui venu avec beaucoup d’implication et d’envie. Sans oublier la « touche british » d’Andrew Feeney notamment. Bref, il est déjà 9h30 à ma montre et le soleil tape en cette matinée de samedi. Tout le monde a enfilé ses gants, sa tenue feu, sa cagoule, ses bottes feu, son casque et son appareil respiratoire d’une dizaine de kilos sur le dos. Nous voilà prêts pour la marche.
Les « astronautes du feu » dans les rues de Couvet
Patrick Piaget, Fabio Castellani et Christian Fragnière nous attendaient à mi-chemin pour un petit ravitaillement et le changement de notre bouteille d’air. Encadrés par Xavier Lhorme et Alexandre Fink, la quinzaine de Vallonniers et Vallonnières se sont mis sous la dent la grande majorité du dénivelé positif lors de la première moitié de la marche. Face à la pente, deux groupes se sont formés rapidement mais les plus rapides ont pris soin d’attendre, à fréquence régulière, leurs coéquipiers. Petit à petit, des sifflements stridents se sont fait entendre dans les rangs. Plusieurs dispositifs avaient atteint la limite de 50 bars disponibles, une alarme prévient alors le pompier en question que cette limite a été franchie. La consommation d’oxygène dépend de plusieurs facteurs tels que la nature du terrain et la condition physique de chacun. Un verre d’eau ingurgité, un peu de nourriture pour certains et voilà que tout ce beau monde était reparti en direction de Couvet. Dans les rues covassonnes, l’arrivée de ces « astronautes du feu » n’est pas passée inaperçue. La vue du hangar de Couvet marquait la fin de cette marche sympathique terminée tous ensemble. Il était 11 h 15 à peu près.
SSTPM, la base du pompier !
Juste le temps de nettoyer une partie du matériel, de panser quelques bobos et « feu » pour le repas de midi. Après avoir pris de la hauteur, on a plongé quelques mètres sous terre pour se rassasier dans l’abri de la protection civile. Au menu, salade avec tomme chaude en entrée, gratin de pommes de terre, carottes et jambon pour le plat principal et même dessert et café pour les plus gourmands. Excellent, merci aux chefs cuisiniers en question ! À 13 h, retour au hangar de Fleurier avec un cours donné par le capitaine Castellani. Cette fois, le menu proposait comme thème la sécurisation d’un lieu d’intervention. S’il fallait résumer en cinq lettres ce que fait un pompier, ce serait « SSTPM ». Pour : sécuriser, sauver, tenir (stabiliser une situation), protéger et maîtriser. La sécurité, c’est pour les autres mais aussi pour soi-même. C’est pourquoi il existe des règles précises à suivre en intervention. Le déploiement d’une échelle nécessite un protocole bien défini par exemple. C’est le premier lieutenant Pascal Isler qui en a fait la démonstration auprès des recrues. Parmi les choses à retenir, la différence entre sauvetage et pénétration dans un bâtiment. Dans ce dernier cas, l’échelle est déployée un mètre plus haut que le bord de la fenêtre. Pourquoi ?
Éviter le coup du bélier !
Pour pouvoir se servir de trois échelons afin de faire la bascule de l’échelle jusqu’à l’intérieur de la pièce. Des astuces comme celle-là, les pompiers en ont à « la lance ». Compilées les unes aux autres, elles finissent par offrir un gain de temps certain sur les zones sinistrées. Un pompier doit être rusé, en plus de réfléchir rapidement. À 15 h, le major Piaget a terminé la journée avec deux heures de formation sur le déploiement des conduites d’eau et le maniement des bornes hydriques. Il y en a 650 au Val-de-Travers et c’est très important de savoir les utiliser car le réseau d’eau n’est plus tout jeune. Il faut éviter de créer un phénomène de surpression qui intervient à la suite de la variation brusque de la vitesse d’un liquide. C’est ce qu’on appelle le coup du bélier dans le milieu. Pour terminer en beauté, chaque membre du groupe s’est essayé à la lance d’un débit de 500 litres/minute soit 1 tonne en 120 secondes. Ça en fait des « larmes d’eau » à la seconde ! La journée s’est conclue à 17 h 30 par une photo de groupe. Prochain rendez-vous le samedi 9 avril pour une matinée complète sur la piste feu de l’ECAP.
Kevin Vaucher