Itinéraire d’un homme sans retouche
Issu d’une fratrie de musiciens, Marc Pantillon a trouvé sa voie en s’asseyant derrière un piano. Il s’est formé à Vienne, il a gagné des concours et il s’est peu à peu mis à transmettre son savoir. Ce Môtisan proche de la nature n’a pas que ses mains comme atout. Ses yeux aiguisés par l’expérience, il croque régulièrement la vie animalière des forêts de la région. Rencontre avec un homme vrai et sans retouche qui passe d’une touche à l’autre avec sagesse et exaltation.
Marc Pantillon a grandi du côté de Bevaix. C’est là qu’il a vécu jusqu’à ce qu’il décide de partir à Vienne pour suivre des études de musique et plus spécifiquement de piano. Lorsqu’il part, il a 23 ans et il partage déjà la vie de la femme qui est toujours à ses côtés aujourd’hui (41 ans plus tard).
Je me rappelle que je ne voulais pas aller en Autriche sans elle et j’ai attendu qu’elle finisse l’université pour le faire. Nous y sommes finalement restés trois ans et demi et nous avons eu le premier de nos trois enfants là-bas.
Une fois qu’il a terminé ses études de musique, ils ont décidé de revenir en Suisse et c’est à Môtiers qu’ils ont mis pied à terre début 1984.
Ma femme est originaire du Vallon et on a trouvé un peu par hasard cette vieille maison sur la Grande Rue. Quelques rénovations plus tard, on vit toujours à la même place aujourd’hui et on s’y plaît toujours autant.
Des musiques qui tournent sur les radios européennes
Écolo convaincu, la seule chose dont le couple ne pouvait se passer était le train. Il n’aurait pas déménagé dans un village qui n’était pas raccordé au rail.
C’était la seule condition !
De quoi permettre au pianiste de voyager pour participer à des concours notamment. En 1987, il en remporte un de portée nationale qui le lance idéalement dans le milieu.
J’ai fait de la musique mon métier bien que je n’aspirais pas à mieux que « de bien jouer. » C’est plus les autres, mes profs de piano par exemple, qui m’ont poussé dans cette voie.
La même année, il est allé jusqu’en finale d’un autre concours organisé par la Radio suisse romande.
J’ai commencé à croire qu’il y a avait quelque chose à faire fructifier et j’ai accepté mes premiers engagements en musique de chambre et en tant que soliste.
Ses deux frères étant musiciens, Marc a ainsi suivi la lignée, presque malgré lui. Son plaisir, il le prend aussi dans l’enseignement de son art. Que ce soit à Lausanne ou à Neuchâtel au sein de la Haute école de musique, il y conserve un certain pourcentage de travail depuis plusieurs années.
Cela me donne le temps de pratiquer mon piano comme je le souhaite et de répondre aux différentes sollicitations qui me sont adressées.
Des sollicitations qui viennent de la région et de bien plus loin. L’été passé, il a joué en Bavière, en France, en Autriche avant de revenir par ici au Temple du Bas pour le Carnaval des animaux. Il a également fait une douzaine de disques dont l’un d’eux, sorti en 2005, tourne régulièrement sur les radios européennes.
La photo animalière à l’âge de 20 ans
Il s’agit d’un disque de piano solo où je joue du Brahms. Quand je l’ai enregistré, j’avais mal calculé mon coup et j’avais 15 minutes de musique en trop. Comme il était épuisé, on vient de le rééditer. Mais en double CD cette fois, pour pouvoir intégrer la série de quatre pièces qui avait dû être écartée à l’époque.
Comme quoi, rien n’est figé, toutes ses erreurs peuvent se rattraper un jour ou l’autre. Marc Pantillon aime plutôt figer la nature via sa grande passion pour la photographie. C’est à 20 ans qu’il a mis le pied à l’étrier avec un petit appareil reflex.
Comme j’habitais en lisière de forêt, je me suis vite concentré sur la photo animalière. Un copain de gymnase – Jean-Michel Borel alias popof – m’a beaucoup renseigné sur les espèces. Il est d’ailleurs devenu peintre animalier par la suite. Moi, je n’étais pas très doué avec mon appareil très loin de la technique de ceux d’aujourd’hui. Par chance, j’ai réussi 2 ou 3 photos.
Puis à son retour de Vienne, il a laissé tomber l’appareil quelque temps pour contempler la vie animale en forêt avec de simples jumelles.
Le renard qui tourne autour de la voiture
Ça me paraissait être un investissement démesuré de m’équiper. C’est uniquement il y a une quinzaine d’années que j’ai acheté un bon boîtier et un téléobjectif. Puis j’ai amélioré petit à petit mon matériel. Je ne suis pas un pro et je ne suis pas du genre à me cacher des heures sous un filet de camouflage militaire non plus. Je me balade souvent à la Montagne de Buttes avec ma femme et en étant suffisamment discrets, on fait de belles rencontres animalières. Parfois, c’est même depuis ma voiture en croisant un renard par exemple que je prends les meilleurs clichés.
Avec le Covid et le confinement, les animaux avaient eu tendance à se rapprocher des villes. La tendance persiste-t-elle ?
Je ne sais pas si c’est lié à cela mais ils sont moins craintifs, particulièrement par rapport aux voitures qui leur font moins peur qu’un homme debout. L’autre jour, un renard tournait carrément autour de mon auto. Il était tellement près que je n’arrivais pas à le photographier, c’est assez fou ! Mais c’est bien d’en revoir un peu plus car beaucoup de renards étaient morts de la gale il y a quelques années.
Kevin Vaucher