La cascade de Môtiers fait le pont
Il aura fallu 200 heures de travail pour faire sortir de menuiserie le futur pont de la cascade de Môtiers. La nouvelle structure, entièrement élaborée avec du sapin blanc de Boveresse, sera posée au début du mois d’octobre. « Môtiers est un sublime village, il fallait créer un pont spécial qui marque les touristes et qui s’intègre parfaitement à la cascade », dépose son créateur Olivier Favre. Il en découle une réalisation très artistique, inspirée de l’architecture japonaise très arrondie. De quoi adoucir les randonnées dans la nature môtisanne.
Environ 2000 kilos pour 9 mètres de long, 2.30 mètres de haut et 1.30 mètre de large : le nouveau pont de la cascade de Môtiers aura allégrement de quoi faire passer quantité de touristes sur « son dos ». « Les promeneurs pourront même l’emprunter en couple, il est suffisamment grand », plaisante Olivier Favre. Le menuisier fleurisan a été le maître d’œuvre de l’ouvrage en question. Plusieurs partenaires, tels le service forestier et la commune de Val-de-Travers ont participé au projet.
Un pont spécial pour un endroit spécial
Dirigé par Claude-André Montandon, le service forestier communal s’occupe, entre autres, de certaines structures pédestres (barrières, parcours vita,…). Le pont qui se situe au-dessus de la cascade de Môtiers en fait partie par exemple. Et c’est le point de départ de ce projet. « Ce pont doit être remplacé et j’ai proposé un projet spécial pour correspondre à ce lieu prisé des touristes. Je voulais faire quelque chose de différent qui fasse tilt dans leur esprit. Le Vallon est associé à l’absinthe, au Creux du Van ou encore à l’horlogerie. Si on peut montrer qu’il y a d’autres compétences artisanales dans notre région, c’est un atout de plus que l’on met en avant », expose Olivier Favre.
Quand le bois imposait une fiscalité quasi nulle au Vallon
Il est vrai que le Val-de-Travers a toujours été une région très riche en matière sylvicole. « À l’époque, de grosses communes forestières comme Travers, Boveresse et Buttes n’imposaient pratiquement aucune fiscalité tellement l’exploitation du bois couvrait les charges communales. Cette richesse est toujours présente. »
En revanche, la question de la fiscalité a légèrement évolué dira-t-on ! Pour revenir sur le pont, il faut dire que ce projet est parti de l’imagination d’Olivier Favre. « J’ai ouvert mon logiciel de croquis sur l’ordinateur et je me suis creusé la tête. Je suis parti sur quelque chose de très arrondi. Je ne voulais pas d’angle droit afin de privilégier une certaine douceur et épouser les formes naturelles du terrain. » Dans les faits, cela s’est matérialisé par une arche courbée sur la partie basse du pont et une seconde arche, dirigée dans le sens opposé, sur la partie supérieure.
Les gros moyens pour « tordre » le bois
Cela se réfère au « V » représenté par la cascade de Môtiers. Il y a quelques marches à descendre pour arriver sur le pont puis quelques marches à remonter pour en sortir. Tout le bois provient de sapin blanc de Boveresse. Il a été découpé et séché à la scierie des Bayards avant d’arriver dans la menuiserie fleurisane. « Le gros du travail aura été de donner la courbure arrondie aux différents éléments du pont. Les arches principales ont été lamellées-collées. » En d’autres termes, la courbure souhaitée a été obtenue grâce à une vingtaine de serre-joints. Une fois les bons arrondis trouvés, de la colle pure (en polyuréthane) a été ajoutée.
Bois bourré de sel pour dégoûter les insectes
Et 24 heures plus tard, tout tenait en place dans la forme désirée. « Finalement, nous avons envoyé la structure en bois dans le Jura pour qu’elle soit traitée avec du sel de cuivre. Cela permet de ne pas utiliser de protection chimique. Après traitement, le bois est tellement salé que les insectes et les champignons ne s’y attaquent pas. » On utilise le même procédé en ce qui concerne les poteaux électriques par exemple. « Cela devrait permettre de préserver le bois au moins durant 50 ans. » D’autant plus que le pont sera coiffé d’une couverture en bois, renforcée par un revêtement bitumeux, tout à fait dans le style asiatique. Tout est donc réuni pour que l’endroit devienne un futur haut lieu des photographes-instagrameurs du Val-de-Travers.
Kevin Vaucher