Commune Val-de-Travers
Le Conseil général débattra de l’écriture inclusive
Le 21 mars prochain, le Conseil général de Val-de-Travers traitera de la motion issue du groupe UDC visant à ce que l’administration communale respecte l’usage du français académique dans l’ensemble de ses productions et renonce à la pratique de « l’écriture inclusive ». Une motion qui augure certainement d’un débat « idéologique ».
User ou non d’un point médian, d’un tiret ou d’une barre oblique pour exprimer et décliner l’ensemble des genres, au singulier ou au pluriel d’un mot : le débat sur l’écriture « inclusive » est présent dans l’actualité suisse depuis quelques années et se déroulait plutôt dans les législatifs cantonaux ou des grandes villes suisses. Pour exemple en 2019, le parlement de la Ville de Zürich refusait une motion car exclusivement écrite au masculin ou en 2021, le Grand Conseil vaudois adoptait un postulat visant à moduler l’usage du langage épicène et l’écriture inclusive par les services de l’état, tandis que le parlement valaisan bannissait simplement les deux de son administration en septembre dernier.
À Neuchâtel, la question a été abordée lors de la session de novembre du Grand Conseil sous la forme d’une recommandation du groupe UDC souhaitant interdire l’usage de l’écriture inclusive, mais sans succès. « Les majorités ne sont pas les mêmes à Neuchâtel », remarque Niels Rosselet-Christ, député au Grand Conseil et président du groupe parlementaire UDC. « Nous avons souhaité corriger le tir où nous le pouvions », poursuit celui qui est également conseiller général à Val-de-Travers. Ainsi, le Conseil général (CG) de Val-de-Travers débattra lors de sa séance du 21 mars de la motion du groupe UDC Val-de-Travers pour le respect formel du français académique par l’administration communale dans toutes ses productions internes et externes, et de facto l’abandon de l’écriture « inclusive ». Un texte qui est similaire presque mot pour mot à celui proposé au Grand Conseil.
Néanmoins, on peut interroger la pertinence d’une telle motion à un échelon communal ? « Oui, cela est pertinent à partir du moment où cette forme s’insinue gentiment, mais sûrement dans les communications du Conseil communal et de l’administration communale », répond Niels Rosselet-Christ. Même sans cibler des exemples, il constate un usage de cette pratique plus courant, même si elle est encore aléatoire, dans certains rapports et textes. Le président du groupe UDC souhaite une ligne claire sur l’usage de cette pratique et que la commune se détermine sur cette thématique.
Pas d’usage systématique
Les communications et publications de la commune de Val-de-Travers feraient-elles la part belle au langage épicène et à l’écriture inclusive ? « Le Conseil communal a quelque peu revu sa position depuis deux ans et une interpellation du POP au Conseil général », relate Benoît Simon-Vermot, tout en relativisant leurs usages respectifs. Le conseiller communal en charge de l’administration et de la protection de la population (DAPP) explique que l’exécutif s’est refusé à appliquer ces pratiques dans les textes officiels, les arrêtés ou encore les règlements et ce pour un souci de clarté et pour éviter de rallonger inutilement des textes déjà très techniques. Idem en ce qui concerne les rapports du Conseil communal au CG qui se veulent les plus simples possible. Par contre, pour sa communication, Benoît Simon-Vermot reconnaît que la commune prête une attention particulière à la thématique, en privilégiant l’utilisation de termes génériques ou parfois en usant à la fois du masculin et du féminin, une voie médiane entre un langage sans considération aucune et celui exclusivement épicène. Quant à l’écriture inclusive et ses points médians, seules les mises au concours peuvent user de celle-ci.
Cette pratique sans véritable ligne de conduite est redoutée par Niels Rosselet-Christ car le conseiller général agrarien craint à terme qu’elle permette une ouverture vers d’autres formes de rédaction plus problématiques, telles que celles intergenrées, comme le pronom « iel », qui ne seraient pas cohérentes avec les codes de la langue française. « Si, pour l’égalité, il faut user de la forme dite épicène, qui est certes plus lourde, je pourrais vivre avec, car elle est conforme aux règles du français », estime le conseiller général UDC. La véritable cible de la motion est l’écriture inclusive, « indigeste et mortifère », et ce y compris dans les offres d’emploi de la commune où celles-ci devraient englober les deux genres ou, au besoin, être le plus explicitement épicène possible. Une certaine intransigeance qui fera assurément réagir lors de la séance du CG.
Clarté vs idéologie ?
La motion qui sera soumise aux conseillers généraux argue majoritairement que l’écriture inclusive, et donc l’usage de points médians ou de tirets, alourdit de manière incommensurable les textes et rend leur lecture et leur compréhension ardue.
Des textes juste imbuvables,
juge Niels Rosselet-Christ. C’est à ce titre que l’UDC souhaite son interdiction.
Un document communal doit être accessible et compréhensible par la population, pour le tout public,
détaille-t-il en ajoutant que les textes communaux sont déjà suffisamment complexes. La défense de la langue française est également mise en avant, toutefois, en sous-texte l’aspect idéologique demeure présent.
Bien sûr, il y a un côté idéologique. La condition et les droits des femmes ne se résument pas à un vulgaire point médian,
estime-t-il, en regrettant les attaques répétées de la gauche contre la langue en raison de l’égalité. Une thématique du langage que Niels Rosselet-Christ ne conçoit évidemment pas comme secondaire car comme il le dit,
le diable se cache dans les détails.
La préoccupation de clarté et de cohérence des textes communaux, comme exprimée précédemment, est aussi celle du Conseil communal, toutefois Benoît Simon-Vermot exprime un léger doute vis-à-vis d’une application au sens strict du français académique. L’exécutif de Val-de-Travers siégera à la rentrée, après la semaine de relâches, et se décidera sur sa position.
Mais, ce débat sera peut-être l’occasion de réfléchir plus avant sur cette question que lors d’une interpellation,
estime le conseiller communal. Quant au législatif, il traitera de la motion UDC le 21 mars à l’Hôtel de Ville de Couvet. Au vu de l’arrière fond idéologique de la thématique et des tumultueuses discussions sur l’égalité entre les genres des dernières années, le débat sera certainement vif et assurément clivé entre les ailes politiques. Et une interrogation subsidiaire planera au-dessus de cette séance : Val-de-Travers sera-t-elle la première commune neuchâteloise à interdire l’écriture inclusive ?
Gabriel Risold