Le couple qui fait cor
Comme beaucoup de couples avant eux, Pierre-André et Marianne Aeschimann ont eu besoin de se laisser aller à une brûlante passion pour pimenter leur vie commune. Rien d’inavouable rassurez-vous, juste un envoûtement grandissant pour le cor des Alpes depuis une trentaine d’années. De quoi resserrer les liens, vivre de nouvelles choses et… fêter cinquante ans de mariage au bout du compte.
Lorsqu’ils évoquent leur passion, Pierre-André et Marianne sont inarrêtables. Et même s’ils se chamaillent parfois sur une date ou sur un détail, ils s’accordent toujours pour affirmer qu’il s’agit d’un moment inoubliable vécu ensemble. Le couple a découvert le doux son de l’imposant instrument à Berne où il habitait avant de reprendre la maison des grands-parents de Pierre-André à Môtiers. Il était ingénieur, elle était secrétaire à la Confédération et ils résidaient un peu en dehors du centre-ville. Et chaque soir, posés sur leur balcon, ils entendaient un cor des Alpes au loin vers la colline.
Les enfants s’endormaient grâce au vibrant bercement de ses notes
se souviennent-ils encore.
Les carrières d’Ostermundigen pour première scène
Ils n’ont pas cherché à savoir d’où le son provenait exactement mais ils avaient mis le doigt dans l’engrenage sans le savoir. Quelque temps plus tard, le Môtisan a surpris tout son monde :
Dans l’euphorie d’une fête, j’ai dit que mon rêve était de jouer du cor au-dessus de la cascade de Môtiers. Ma femme m’a pris au mot et a organisé mon initiation.
Peu après, Pierre-André se retrouvait au cœur d’anciennes carrières vers Ostermundigen et prenait en main l’instrument pour la première fois. Il venait de mettre le pied dans l’association bernoise des yodleurs (qui englobe les joueurs de cor). Plus tard, il jouera au fameux endroit dont il avait rêvé sur les hauteurs de Môtiers.
Semaine après semaine, il a appris à maîtriser l’objet et il s’est même parfois entraîné à l’aide d’un tuyau de jardin et d’une embouchure. Sa femme s’est rapidement prise au jeu aussi.
Il y a très peu de dames qui osent faire le pas. Les épouses se contentent souvent de chanter les mélodies « soufflées » par leurs maris. Moi j’ai directement voulu faire comme les hommes », confie Marianne. Voilà comment elle est devenue à l’époque l’une des quatre femmes à faire du cor dans toute la Suisse romande.
Différents dialectes identifiables
Durant seize ans, ils ont ainsi formé un trio avec un ami et ils s’entraînaient au moins trois fois hebdomadairement. Pendant leurs vacances… c’était cor, pendant leur temps libre… c’était cor et encore, encore… !
On a fait quelques mariages, on a participé à énormément de concours et on a suivi des formations de qualité pour faire les choses correctement.
Un investissement total qui a porté ses fruits puisqu’ils ont gagné plusieurs compétitions. « PA » a également dirigé un groupe d’une vingtaine de joueurs vallonniers avec qui il a récolté la meilleure note à deux fêtes fédérales.
Si le couple fait du cor pour le plaisir, il n’empêche qu’il aime le faire en respectant le style traditionnel et sans partition. Depuis 2005, il tente de transmettre cette vision à travers l’Amicale romande des joueurs de cor des Alpes riche de deux cents membres.
Il y a trop peu de jeunes hélas car il faut vraiment être mordu pour en faire durablement et s’investir,
détaille le binôme mélomane. Et pour les lecteurs qui ont l’oreille fine, sachez qu’il est possible de reconnaître différents « dialectes » en fonction de la façon de « souffler » du musicien qui utilise ses lèvres comme vibrateurs et sa langue en guise de régulateur d’air.
C’est fou mais on reconnaît très vite, par exemple, un joueur étranger ou provenant d’un autre coin de Suisse.
Il est également identifiable par rapport au costume traditionnel qu’il porte et qui renvoie à sa région.
Le Büchel : plus facile à faire entrer dans la voiture
Par ailleurs, le duo Aeschimann s’essaie parfois au Büchel. C’est une sorte de cor replié sur lui-même en forme de clairon.
C’est plus facile à faire entrer dans la voiture,
se marre-t-il. Et ce, même si le cor des Alpes récent d’une longueur moyenne de trois mètres quarante se constitue de quatre pièces et non plus de trois.
Il y a quelques années, notre premier réflexe était de contrôler la taille du coffre lorsque nous achetions un nouveau véhicule,
précisent-ils. Au final, cette passion les aura transportés de surprise en surprise, du château de Lenzbourg au Festival international de Nendaz en passant par les souterrains d’Arras. L’émotion, elle, est toujours intacte et résonne dans la voix du couple à chaque souvenir. Un couple qui fera corps ensemble jusqu’au bout, à n’en pas douter.
Kevin Vaucher