Le Vallonnier qui protège le pape (1 sur 2) !
L’unique résident neuchâtelois de la Garde suisse pontificale est Vallonnier ! Mathieu Conrath a prêté serment le 6 mai dernier au Vatican. Guidé par la foi et l’envie d’agir pour les autres, le Verrisan de 23 ans se dit prêt à faire le sacrifice ultime pour le Saint-Père. Cet engagement, ce militaire de l’armée suisse se dit également prêt à le faire pour n’importe quel compatriote le jour où il sera de retour sur le sol helvétique. Du pape François, qu’il côtoie, il en rend une image attendrie d’un homme humble, attentionné et souvent souriant. Des caractéristiques que je retrouve rapidement chez Mathieu Conrath. Le jeune homme profite de cette expérience unique tout en gardant constamment une pensée et un lien indéfectible avec le Val-de-Travers. D’ailleurs, savez-vous ce qui lui manque le plus ?
Je laisse directement la parole à Mathieu Conrath pour donner la réponse à cette question.
Il y a beaucoup de choses qui me manquent. La plus importante est le son des cloches des vaches le soir, lorsque le calme revient. J’avoue que ce n’est pas toujours facile d’être entouré de béton et de goudron. Quand j’ai quitté Les Verrières, j’étais persuadé que c’était le paradis terrestre pour vivre et j’en suis toujours convaincu. Quand je travaillais à Neuchâtel, je prenais le train tous les jours et le trajet devait bien durer une heure et demie. Mais je m’en fichais car je pouvais contempler la nature et les paysages de notre belle région. J’ai vraiment de la chance d’avoir grandi au Val-de-Travers.
Depuis sa naissance, le garde suisse n’avait jamais cessé d’habiter aux Verrières. C’est là qu’il a effectué son école primaire. Il a ensuite transité par Fleurier (secondaire) avant de passer un CFC d’employé de commerce (avec maturité) à Neuchâtel. À la suite de cela, il a travaillé trois ans dans le domaine bancaire en tant qu’assistant de gestion. Mais son besoin d’engagement l’a vite rattrapé !
Deux tiers de gardes suisses allemands
J’ai commencé l’armée à l’été 2020 dans les troupes blindées de Thoune. J’y ai été soldat jusqu’en octobre avant de devenir sergent puis lieutenant. J’y étais toujours avant mon engagement pour le Vatican.
Il convient effectivement de détacher la Garde suisse de l’armée suisse, qui sont deux entités indépendantes l’une de l’autre.
Je devrai donc faire mes cours de répétition à mon retour. Si je ne sais pas encore exactement de quoi sera fait mon avenir dans deux ans, je sais déjà que je vais revenir vivre aux Verrières. C’est une certitude.
Un lien indéfectible, que je disais ! Mathieu parle de deux ans car c’est la période minimale sur laquelle les gardes s’engagent. C’est aussi généralement la période privilégiée par la majorité de ceux qui apposent leur signature en bas du contrat.
C’est plus rare, mais il est possible de rester plus longtemps pour devenir sous-officier. Dès 5 ans de service, il est autorisé de se marier et d’avoir son propre appartement au Vatican.
Vous l’avez compris, être célibataire est l’une des conditions au moment d’entrer dans la garde. Le processus de recrutement est passablement long et exigeant. Tout se passe en Suisse allemande d’où viennent les deux tiers des 135 gardes suisses du Vatican.
Un cheminement plutôt qu’une destinée
En principe, il s’agit d’hallebardiers (l’équivalant du soldat dans l’armée).
Il y a des entretiens, des tests, des évaluations et une quantité monstrueuse de documents à fournir. Le verdict final est pris après un dernier entretien individuel avec le commandant de la Garde suisse, à Zurich. J’ai appris que j’étais sélectionné par un e-mail que j’ai reçu un après-midi du mois de septembre 2021. Je me trouvais alors en caserne à Thoune. J’étais très heureux de voir ce projet se concrétiser.
Cette décision de s’envoler pour le Vatican n’est pas quelque chose que le Vallonnier préparait depuis petit. Non. Ce sont plutôt ses expériences successives dans différents costumes de « bienfaiteur » qui l’ont amené jusqu’aux portes du Vatican.
J’ai toujours été une personne investie dans la société. Que ce soit comme responsable du groupe scouts des Verrières, comme pompier au SDIS Valtra, comme membre de la Jeunesse du Haut-Vallon ou bien encore comme conseiller général de ma commune. Ces responsabilités m’ont permis de me sentir utile pour mon village et pour le Vallon.
Sans oublier son avancée dans l’armée. C’est justement lorsqu’il a été confiné des semaines à l’armée que sa réflexion l’a conduit vers ce choix.
Un salaire modeste mais une foi gigantesque !
Comme tous les catholiques de Suisse, je savais qu’il y avait des gardes de notre pays pour défendre le pape, à Rome. J’avais envie de nouvelles émotions, ailleurs. Finalement, c’est pour ma foi et pour l’Église catholique, qui m’ont tant apporté dans ma vie, que j’ai fait le pas décisif vers le Saint-Père. Avant mon départ, le 2 janvier de cette année, je n’étais jamais allé en Italie. Et depuis que je suis en poste, je vis de nouvelles choses chaque jour. Il n’y a pas de journée-type ici et c’est ce qui me plaît.
Ce n’est pas le modeste salaire des gardes – environ 1200 euros – qui l’a motivé et cela rend son geste encore plus noble.
Je voulais vivre pour quelque chose de plus grand que moi et de plus grand que tout. J’aspire juste à donner toute mon énergie pour une personne, le pape François, incarnant l’Église catholique. Je vis des moments de foi uniques, des émotions magiques et je fais des rencontres magnifiques avec des gens du monde entier.
Comment sa famille et ses amis ont-ils réagi à son choix, quel contact a-t-il avec le pape, que fait-il au quotidien, comment a-t-il vécu son assermentation et jusqu’où ira-t-il pour la protection du Saint-Père ? Vous le saurez la semaine prochaine, dans la seconde partie de ce portrait exclusif !
Aucun mal de « foi » depuis petit
D’où as-tu cultivé ta Foi ? L’Église fait partie de ma vie depuis petit car ma famille est catholique pratiquante. Je me rendais régulièrement à la messe aux Verrières, à Fleurier ou ailleurs avant de m’engager dans la Garde suisse.
J’ai fait mes cours de catéchisme et je me suis engagé dans la paroisse pour différents événements œcuméniques. Nous avons la chance d’avoir une paroisse ouverte avec des gens qui s’investissent énormément au Vallon. C’est super mais je pense qu’il faudrait que davantage de familles et de jeunes se mobilisent. Pour moi, être catholique ne se résume pas à aller à la messe. C’est avant tout s’investir pour la communauté.