Les Bâtisseurs
Michel Parmigiani: Merci l’artiste!
Oui, le Val-de-Travers dit merci à Michel, car s’il en est un qui a porté haut et loin la bannière du Vallon, c’est bien lui ! Cette terre qui l’a vu naître et grandir, cette terre et ces hommes à qui il doit tant, Michel Parmigiani l’a vantée partout dans le monde ! En véritable ambassadeur, tant ses qualités d’homme sont exactement celles des gens du Vallon ! Ce Vallon qu’il a su faire briller de ses mille feux grâce à ses créations. Car Michel Parmigiani, c’est d’abord un artiste !
Superbe trajectoire
« Ce goût d’entreprendre qui m’habite depuis toujours, je le dois avant tout à mes parents ! Dans les discussions autour de la table, on évoquait le savoir-faire, on parlait technique et fabrication. Gamin, à la forêt, on fabriquait des cabanes dans les arbres, on confectionnait des caramels, en permanence de goût de faire ! Entreprendre, en toutes circonstances… Et derrière ce verbe entreprendre, le goût de l’indépendance ! C’est une culture, une philosophie… »
À Boveresse d’abord, puis à Couvet, Michel Parmigiani grandit dans cette atmosphère familiale : « Le souvenir de mon père rentrant de l’usine Dubied un jour, nous informant qu’il venait de refuser un poste de chef – « c’est pour un Suisse, pas pour moi ! » – . Ces années difficiles, l’époque des initiatives dites Schwarzenbach qui en ont marqué plus d’un ici ! À l’image de ce fameux dessin de Leiter : l’homme à l’arbalète avec deux Italiens et leurs valises… ». À la fin de sa scolarité, Michel hésite entre deux métiers : architecte et horloger. Il opte pour l’École d’horlogerie parce qu’il y avait une école à Fleurier, mais sans savoir cependant que l’obtention de son CFC n’irait pas de soi en raison de sa nationalité ! Ce métier d’horloger, immédiatement, deviendra bien davantage qu’un métier mais une véritable passion. Un temps employé à La Chaux-de-Fonds, habité par l’envie d’entreprendre, il revient rapidement au Val-de-Travers pour se mettre « à son compte », aspiré voire hanté par la « grande complication ». La grande aventure commence… Plutôt que de répondre à la proposition de se rendre à Johannesbourg « Ah non, pas question de partir dans un pays pratiquant l’apartheid ! », l’aventure se poursuit à Fleurier, au 3e étage de la rue de la Gare 4, où la famille Parmigiani s’installe, partageant l’appartement avec les employés. « Cet appartement qui abritait l’ancien atelier de Désiré Jeannin ! » précise son ami Eric Pétremand qui se rappelle encore de cette période : « Je me souviens de l’auto-grue nécessaire pour monter le coffre dans l’appartement afin de mettre les pièces immensément précieuses à l’abri ! ». Autre ami, Michel Zbinden : « Sans coffre, Michel s’en allait, chaque soir, déposer les pièces à la banque pour les reprendre chaque matin ! ». La suite, la voie vers le succès que l’on sait, ne se raconte pas… Elle est incroyable ! Dans ce contexte, Michel Parmigiani n’omet jamais de citer les personnes qui ont cru en lui : « À des moments importants… Marcel JeanRichard et Pierre Landolt et famille, notamment… Mais également Jean-Jacques Charrère, alors à l’Impartial, qui m’a consacré un article de presse. Tout comme Roland Carrera, journaliste spécialiste du domaine de l’horlogerie ! J’ai eu une chance énorme ! ». Sans omettre de citer encore Monique, son épouse qui l’a suivi et secondé tout au long de ce superbe parcours, Anne-Laure, Nicolas et Léa, ses enfants, bref, sa famille qui compte tant pour Michel : « Ma famille et mes montres, toute ma vie ! ».
La discrétion et l’humilité
C’est un livre qu’Eric Pétremand pourrait écrire à propos de Michel : « Homme très discret, calme, réfléchi, dont la droiture ne peut jamais être mise en doute… Honnête et généreux, toujours immensément respectueux d’autrui ! Nous avons eu une magnifique relation de propriétaire à locataire avec lui et sa famille. Ces grands moments lorsqu’il nous montrait d’anciennes pièces uniques au monde ! ». Avec Michel Zbinden, c’est une amitié de très longue date également : « Nous avons fraternisé à l’Hôpital de Couvet lorsque nos épouses suivaient les cours de préparation à l’accouchement ! On est restés amis et on a passé de merveilleuses vacances ensemble. En Valais mais autour du monde également ! Je me souviens de cette balade près du glacier d’Aletsch. Michel s’arrêtait sans cesse pour écouter l’exactitude du battement de ses montres en réparation ! Un type trop honnête pour être dans les affaires. Un véritable curé… Beaucoup trop bon, ne sachant jamais dire non ! Comme le miel, tout le monde était autour de lui. À l’étranger, toujours en quête des gens, de compréhension de l’histoire du pays, il s’imprégnait des cultures anciennes de tous ces pays, photographiant sans cesse ! Un travailleur infatigable avec deux passions : sa famille et ses breloques ! ».
Le Val-de-Travers
« Ces mots que nombre de clients et amis venus des quatre coins du monde, que j’ai fait venir au Val-de-Travers, m’ont souvent lancé : Comment est-ce possible de réussir ici, dans un tel endroit ainsi isolé ? » lance Michel, lequel ajoute de suite : « Parce que, justement, ici, on sait être à l’écoute de notre histoire industrielle ! Cette culture de la mémoire, c’est ce qui forge les pionniers… ». Bien évidemment, Michel évoque l’extraordinaire environnement naturel qui est celui de la région. Ces villages qui ont su se rapprocher tout en conservant leurs identités respectives. Cette région dans laquelle le mot « bénévolat » signifie encore beaucoup. Tout comme le mot travail : « Ce bassin horloger qui est le nôtre, ce n’est pas par hasard ! ». Il y est né, il y est resté…
Un ambassadeur
Lorsqu’il fut élevé au rang de citoyen d’honneur de la Commune de Val-de-Travers, Michel Parmigiani fut gêné ! Son humilité et sa discrétion, héritage familial sans doute, ont sans doute marqué son parcours de vie, sans que cela ne freine son exceptionnelle ascension due à sa passion et à l’infatigable travailleur qu’il a été. Passer inaperçu, telle aurait pu être sa devise, avec pour conséquence un manque certain de reconnaissance à son encontre. Cela ne l’attriste pas davantage que cela. Au contraire… Car lorsque, avec un immense sentiment de fierté rentrée, derrière un très léger sourire, il lance au sujet du palmarès du Grand Prix de Genève 2022 : « Quatre prix pour le bassin du Val-de-Travers, Kari Voutilaïnen, Bovet, Chopard (Berthoud) et Parmigiani ! Quelle superbe carte de visite pour la région ! La reconnaissance, elle est là ! ». Et tous ses amis, fréquemment réunis autour de la table familiale, c’est aussi une reconnaissance. Michel, un homme bon, un homme vrai, un homme bien d’abord, un entrepreneur, un bâtisseur, un ambassadeur ensuite !
Coup de cœur
« Le coup de cœur ? Ma famille, mon épouse, mes enfants et mes petits-enfants… Ce privilège immense d’avoir des enfants entreprenants. Ils ont des idées et œuvrent pour les réaliser. Quelle chance de pouvoir vivre près d’eux ! ».
Coup de gueule
Quant au coup de gueule, il est plus général, s’adressant au monde politique : « Pourquoi cette perte de spontanéité, cette absence de courage, ce manque de volonté de réaliser ses idées ? Le monde politique doit quitter son écran et ses tableaux Excel et descendre dans la rue pour rencontrer les citoyens ! On a l’impression qu’ils donnent des coups de pied dans un édredon. Il y a bien un trou dans l’édredon mais celui-ci ne bouge pas d’un iota ! ».
Claude-Alain Kleiner