Les enfants devraient-ils fumer ?
Cette question nʼest pas aussi farfelue quʼil nʼy paraît en sachant que la majorité des fumeuses et fumeurs commencent à le faire avant leur majorité. Cʼest en partant de ce constat quʼune coalition d’organisations de santé et de prévention font bloc derrière l’initiative « Enfants sans tabac » soumise au vote le 13 février. Selon elles, les multinationales du tabac font massivement la publicité de leurs produits auprès des jeunes. Est-ce vrai ?
En tout cas, prétendre le contraire serait malhonnête ! Il est fini le temps où les industriels du tabac pouvaient affirmer, le sourire en coin, que les cigarettes nʼavaient aucun effet néfaste sur la santé. De nombreuses études ont démonté cette belle façade bien proprette. Il y avait comme ainsi dire tromperie sur la marchandise.
Loi contre le tabagisme passif efficace
Depuis ces années-là, le discours sʼest lissé. Il sʼest adapté diront certains. Les produits ont suivi le même mouvement après notamment lʼinterdiction de fumer dans les lieux publics fermés décidée en 2010. La Confédération reconnaît dʼailleurs que lʼexposition de la population au tabagisme passif a considérablement reculé, passant de 35% à 6% à la suite de lʼintroduction de cette loi. Les cigarettiers avaient contre-attaqué en dégainant la cigarette électronique notamment.
Une imagerie de liberté à détruire
Pour séduire les enfants, ils ont aussi usé dʼun filon bien connu : la publicité. À grands coups de communication, ils ont donc essayé de coller une image attrayante au tabagisme. Comment ? En lui donnant un verni positif, un esprit cool et en lʼentourant de toute une imagerie de liberté. « Puisque cette pub fonctionne relativement bien auprès des jeunes, il faut la bannir directement là où elle sʼexpose à eux », selon les initiants. Internet, réseaux sociaux, festivals, kiosques et journaux gratuits sont les cibles prioritaires. Dans le canton de Neuchâtel, la ligue pulmonaire, la ligue contre le cancer, la Société de médecine, les Médecins de famille et le centre dʼinformation pour la prévention du tabagisme se sont unis pour soutenir cette initiative « Enfants sans tabac ».
Raccourci direct vers lʼhôpital
Selon la pub, fumer serait donc gage de liberté ? Non cʼest un fardeau pour la santé et un raccourci direct vers lʼhôpital. Selon lʼOffice fédéral de la santé publique, une loi sur le tabac assortie dʼune réglementation plus stricte permettraient dʼéconomiser entre 400 et 600 millions de francs dʼici à lʼannée 2060. Le tabac est la plus grosse cause de décès évitables en Suisse. Chaque année, 15% de la mortalité découle directement de celui-ci. Quatre-vingt pour cent des cancers du poumon pourraient par exemple être évités.
« Le tabac tue un consommateur sur deux »
Le président de la Société neuchâteloise de médecine et docteur Dominique Bünzli est encore plus direct.
Le tabac tue un consommateur sur deux !
Et comme 57% des consommateurs commencent à fumer avant leur majorité en Suisse, la question de départ sʼimpose par elle-même. Les enfants devraient-ils fumer ? Le lien entre publicité et consommation est tout aussi évident. Pourquoi les multinationales investiraient autant dʼargent dans la pub si elle était inutile et sans résultat ?
Tout pousse au « oui » mais tous votent « non »
Selon le comité dʼinitiative, il est urgent dʼagir pour limiter la promotion du tabac auprès des mineurs. La Suisse serait même le dernier pays dʼEurope à autoriser ce type de publicité. Et pourtant, un jeune recevrait jusquʼà près de 70 stimuli pro-tabac en une soirée lorsquʼil est en sortie. Au vu de ses éléments, on pourrait imaginer que toute la classe politique helvétique soutient cette initiative… maison ! Tant le Conseil fédéral que le Conseil national et le Conseil des états recommandent de refuser le texte sous prétexte quʼil va trop loin. Pourquoi tant de « non » sur un tel sujet selon vous ? Nʼallez pas chercher trop loin la réponse, elle est sonnante (et trébuchante ?). Et pour vous alors, les enfants devraient-ils fumer ? Réponse dans les urnes le 13 février !
Kevin Vaucher