Les Jeanneret, rois du Vallon ?
C’est une information à la fois historique, non essentielle et révélatrice. L’Office fédéral de la statistique (OFS) a dévoilé pour la première fois des données sur les noms de famille les plus répandus en Suisse (commune par commune). Il en ressort un net fossé entre la Suisse alémanique, portée par des Müller-Meier-Schmid, et la Romandie où ce sont les da Silva-Ferreira-Pereira qui dominent. On remarque aussi que le Val-de-Travers garde encore des noms bien enracinés tels que Jeanneret, Vaucher ou Thiébaud. À La Côte-aux-Fées, ce sont les Piaget numéro un alors que les Wieland règnent sur Les Verrières. Analyse.
Précisons d’emblée que ces données concernent les noms de famille des habitants qui vivent en Suisse et non de ceux qui y travaillent. Dans ce dernier cas, il y aurait eu fort à parier que des patronymes à consonance française s’invitent sur le podium en zones frontalières. Précisons ensuite que le canton de Neuchâtel n’échappe pas à la règle romande qui veut que des noms issus de l’immigration (depuis plusieurs générations) trônent tout en haut du classement. Sur les 175’000 résidants neuchâtelois, 1098 personnes s’appellent da Silva, 720 Ferreira, 636 dos Santos et 540 Pereira. Dubois fait de la résistance avec ses 534 représentants. Suivent Jeanneret (519), Gomes (469), Jacot (423) et Perret (380).
Plus de 50’000 Meier en Suisse
Si on prend maintenant l’ensemble du territoire sous la loupe (soit 8.7 millions d’habitants), la Suisse alémanique – couvrant environ 65% du pays – fait largement basculer la balance sur des noms pour le moins marqués. Müller est loin devant les autres (53’686). Meier (33’054) et Schmid (30’534) se défendent bien tandis que da Silva ne pointe qu’au 10e rang au niveau national (16’990). Plusieurs éléments sont mis en évidence par ces chiffres. D’abord le fait que la Suisse romande a culturellement eu une politique d’accueil plus libérée de l’immigration que son pendant alémanique (plus conservateur). Ensuite, la provenance de la population étrangère diffère d’une région à l’autre. Là où les Romands accueillent plus volontiers des Portugais, des Espagnols, des Italiens ou des Français, les Alémaniques accordent un large « droit de passage » aux Allemands notamment.
Jeanneret, Vaucher,
Thiébaud, Piaget,
Wieland… les « historiques » tiennent bon !
Finalement, il faut savoir que les « non-nationaux » représentaient un quart de la population helvétique en 2016. Ce grand brassage des origines permet de relativiser ces chiffres sur les noms de famille. Ainsi, en pourcentage absolu, les Müller ne constituent que 0.6% des patronymes sur notre sol. Les proportions sont à peu près les mêmes pour la commune de Val-de-Travers. Sur les 10’506 résidants, les Jeanneret sont les plus nombreux mais ils ne sont finalement « que » 77 au total (0.73%). Les Vaucher (60) et les Thiébaud (59) complètent le podium. On s’aperçoit malgré tout que les « gens d’ici » sont encore très attachés à leurs racines.
Ainsi, les da Silva n’arrivent qu’en 4e position (55), à égalité avec les Racine. La Côte-aux-Fées et Les Verrières suivent la même logique vallonnière. Côté niquelet, les Piaget sont devant les autres avec 25 personnes sur 480 villageois. Viennent ensuite les Leuba (23), les Gyseler (16), les Buchs (14) et les Paul (12). Dans les rangs verrisans, les Wieland (22 sur 639) devancent les Leuba (caramba, encore deuxièmes) et les Rey (18 représentants chacun). Les Maire (15) et les Amstutz (11) sont 4e et 5e. Si vous voulez faire bouger les classements, vous avez quelques mois pour faire appel à « du renfort familial ». Les communes du Vallon recherchent justement des habitants…
Kevin Vaucher