Lettres ouvertes
Le traité de libre-échange avec l’Indonésie : un avenir à reculons !
Parmi les objets soumis à votation le 7 mars prochain, nous sommes amenés à nous prononcer sur le traité de libre-échange avec l’Indonésie. Au vu de son contenu, trois arguments pour refuser cet accord.
D’un point de vue écologique, un désastre environnemental et climatique : il s’agit de lutter contre l’extension de la culture de palmiers à huile qui exige une déforestation de plus en plus importante avec ce que cela entraîne en termes de pertes pour la biodiversité et la faune, sans compter les appropriations de terres qui privent souvent les petits agriculteurs de terres vivrières. Les garanties de production « durable » contenues dans le traité s’appuient sur des contrôles qui semblent non seulement formulés de manière vague et difficiles à opérer mais qui surtout n’empêcheront pas l’extension des cultures. En effet, la demande de cette huile, grâce à son prix modique, qui baissera encore avec les réductions tarifaires prévues par l’accord, est en constante augmentation pour les productions alimentaires mais aussi les cosmétiques et bien d’autres secteurs.
D’un point de vue économique, un traité profondément inégalitaire : c’est effectivement le jackpot pour les industriels et le secteur bancaire et financier qui peuvent bénéficier de la suppression de droits de douane et avoir ainsi accès à un marché de plus de 260 millions d’habitants ! Donc, comme souvent, un accord totalement déséquilibré qui dope nos exportations de biens et de services à haute valeur ajoutée tout en profitant d’une huile de palme encore plus avantageuse… au mépris de ce que cela implique en termes d’inégalités et de développement chaotique pour les moins favorisés du pays partenaire…
D’un point de vue social, une mise en danger des agriculteurs et de la notion de « sécurité alimentaire » : pour garder une production nationale d’huile de colza et de tournesol, il s’agit de ne pas augmenter la pression sur les prix pour nos agriculteurs, déjà fortement touchés par la concurrence avec l’huile de palme quand bien même elle était grevée jusqu’à maintenant d’un droit de douane important. D’ailleurs, l’obligation d’aller dans cette voie ressort de la notion de « sécurité alimentaire » acceptée par le peuple en 2017 et dorénavant inscrite dans la constitution fédérale. Notion qui nous est apparue particulièrement pertinente dans le contexte de la pandémie que nous traversons, aussi bien pour nous que pour tous les autres pays du monde.
Il s’agit donc de refuser ce système d’échanges qui, comme l’a fortement mis en exergue la crise sanitaire, n’est plus tenable écologiquement, économiquement et socialement. Ce n’est vraiment pas un traité « progressiste », comme le clament ses tenants, mais plutôt complètement dépassé. Nous ne pouvons plus revenir au monde « d’avant » car les réflexions portées par la pandémie nous engagent vers un changement de cap, plus de proximité, de consommation durable, de solidarité.
Marie-Danièle Bruttin, Môtiers