Lettres ouvertes
Trois jours de prison pour un bout de carton
À bientôt 81 ans, je pensais avoir tout vu. Eh bien non ! Dans un courrier daté du 8 mars 2022, le Département de lʼéconomie, de la sécurité et de la culture du canton de Neuchâtel mʼordonne de me présenter le 14 septembre prochain aux portes de la prison de La Tuillère à Lonay. Ne cherchez pas, je lʼai fait pour vous, Lonay est dans le canton de Vaud. Je précise que jʼhabite à Fleurier. Nʼétant pas véhiculée et ayant de grandes difficultés à marcher, le choix de lʼétablissement pénitentiaire peut déjà prêter à sourire (jaune).
Sous dénonciation
Mais quʼa donc bien pu faire une octogénaire pour se retrouver sanctionnée de trois jours de prison ? Eh bien jʼai déposé un bout de carton devant les moloks de la rue de lʼHôpital à Fleurier. Quelquʼun mʼa alors gentiment dénoncée aux forces de lʼordre. Jʼai immédiatement reconnu les faits bien que rien ne me liait directement à ce bout de carton et quʼil aurait été facile de fuir mes responsabilités. Souffrant de la polio et étant très handicapée à une jambe, je nʼai malheureusement pas pu me déplacer jusquʼà Longereuse pour y déposer mon carton dans la benne adéquate. Il nʼy en a pas près de chez moi, raison pour laquelle je lʼai posé devant les moloks.
Non pas 40 mais 400 francs dʼamende
Je reconnais humblement ma faute et jʼétais prête à payer une amende de 40 francs sans problème. Mais cʼest une note dix fois plus élevée qui mʼa été demandée. Oui, 400 francs ! Comme je suis à lʼAVS, je ne peux pas payer une telle somme, que je trouve par ailleurs disproportionnée. Cette somme a ensuite été ramenée à 230 francs. Mais cʼest encore beaucoup pour moi et je ne vais pas mʼen acquitter. Mon « crime » sʼest déroulé en octobre 2019 et en mars 2022, je reçois donc cette décision de mʼenvoyer trois jours en prison. Mon amende de 230 francs a ainsi été commuée en une peine de substitution de trois jours de prison. Me voilà donc jetée derrière les barreaux pour fêter mes 81 ans de façon plutôt originale.
De gré ou de force
Jʼutilise lʼhumour mais cette décision me révolte grandement intérieurement. Jʼai le sentiment que mon cas personnel nʼa pas été compris. Oui, il y a eu faute. Oui je lʼai admis. Mais devait-on en arriver à un tel stade de sanction ? Afin dʼéviter le bagne, jʼai encore deux solutions. Faire un recours dans les trente jours ou mʼacquitter de cette somme dʼici au 14 septembre prochain. Faute de quoi, je devrai me rendre à la prison de Lonay pour y purger ma peine. Et si je ne me présente pas, la lettre précise bien que cʼest par la force publique que jʼy serais contrainte. Nʼest-ce pas magnifique ?
Rose-Marie Kurzo, Fleurier