Louison Bühlmann rend les clefs du musée
Le Musée régional du Val-de-Travers tourne actuellement plusieurs pages. D’abord celle de la saison 2021 qui s’est avérée positive. Et cela, même si ce sont surtout des touristes et non pas des Vallonniers qui ont à nouveau déambulé majoritairement dans les travées. Un soutien plus important de la population locale ne serait pas de trop pour le développement futur de l’établissement. Ensuite, une grande page humaine s’est achevée en cette fin de mois de novembre. La conservatrice Louison Bühlmann a remis les clefs du musée après une dizaine d’années dans l’institution.
À la fin du mois d’octobre, le mouvement de transition avait été enclenché par le départ de Marie Bourgnon, en charge de la gestion des collections du Musée régional du Val-de-Travers (MRVT). Cette dernière avait trouvé un nouveau projet professionnel dans lequel se consacrer. Le schéma se reproduit donc aujourd’hui avec Louison Bühlmann qui a trouvé chez « Culture Valais », une destination à même de la stimuler pour la suite de sa carrière. Elle entrera officiellement en fonction le 1er janvier 2022. Pour l’heure, aucune personne n’a été nommée à sa succession par le conseil de Fondation qui souhaite se donner le temps de faire le bon choix. Et il n’y a aucune urgence puisque le musée sera fermé de janvier à mars prochains.
Une « greffe sans complication »
Cette fermeture annuelle n’a rien d’exceptionnel, elle a été instaurée il y a trois années déjà. On s’est rendu compte que ces trois mois attiraient vraiment peu de monde et qu’il était plus sain financièrement de fermer. Je pense que ça vient du fait que le Val-de-Travers est surtout apprécié pour ses qualités naturelles comme les forêts et ses chemins pédestres. Des atouts dont l’immense majorité des gens préfèrent profiter lors de la belle période.
Ça tombe sous le sens, même s’il existe une offre d’activités hivernales au Vallon. Mais elle est probablement moins bien connue au-delà des frontières cantonales.
Et ici, c’est très rare qu’on accueille un car de cinquante personnes. On ne vient généralement pas au Val-de-Travers pour y visiter son musée. C’est plutôt une idée qui vient se greffer une fois sur place.
Sa « greffe » à elle, celle qu’elle a fait avec le MRVT, elle l’a très bien supportée.
J’ai été au poste de conservatrice durant cinq ans mais cela fait le double que je suis arrivée au musée. J’ai commencé via un stage de Master que j’effectuais dans le cadre de mes études muséales à l’Université de Neuchâtel. C’était un moment important car toute l’enveloppe intérieure du bâtiment était en pleine évolution. Il y avait notamment la mise en place d’une exposition à thématique unique, ce qui est très rare pour un musée régional qui est habituellement très généraliste.
Par désir d’aller jusqu’au bout de cette phase, elle a rallongé son stage qui s’est finalement achevé au bout de cinq ans. Comme le courant passait très bien avec l’ancienne conservatrice Laurence Vaucher et qu’elle remettait son mandat, Louison Bühlmann en a profité pour reprendre la fonction. Aucune complication !
Transformer l’échec en leçon puis avancer
Cerise sur le gâteau, elle a dans le même temps effectué son travail de Master sur l’histoire du Musée régional du Val-de-Travers. L’expo temporaire actuelle découle d’ailleurs de toutes ses recherches.
Que les Vallonniers n’hésitent pas à venir la découvrir. D’ailleurs, j’en profite pour dire un mot sur ce sujet. Le seul bémol a peut-être été le peu de visites des habitants du Vallon durant toutes ces années. Peut-être qu’ils s’imaginent à tort qu’un musée régional est quelque chose de vieillot mais on a toujours proposé des innovations de qualité.
Sur le millier de visiteurs annuellement, la plupart sont ce qu’on appelle des « hors-canton ». Dans cet univers que beaucoup imaginent comme réservé à un public d’un certain âge et tenu par des personnes d’un certain âge aussi, les 31 ans de Louison Bühlmann peuvent interloquer.
J’ai le défaut d’une qualité qui est de m’intéresser à tout en ne m’intéressant à rien. Autrement dit, je ne m’éparpille pas trop mais dès que je m’intéresse à quelque chose, j’y vais jusqu’au bout. Et cette fonction de conservatrice mêlait gestion et contact humain, deux choses pour lesquelles j’ai de l’intérêt. C’était donc normal pour moi de m’y consacrer. Je ne me suis jamais dit plus petite, je veux être muséologue.
Fleuriste, styliste, vétérinaire,… elle a eu beaucoup d’idées mais pas celle-là. Chose intéressante, elle a aussi hésité dans le cap à donner à ses études. Elle s’est d’abord lancée en anglais-géo avant de faire machine arrière un mois plus tard (pour sociologie et ethnologie).
Cet arrêt, je l’ai d’abord vécu comme un échec. Puis je l’ai transformé en leçon pour la suite de ma vie. Cette leçon est d’arrêter de trop planifier les choses pour rester un maximum dans le moment présent.
Un présent qui rimera plus avec Vallon mais Valais désormais. Bonne route !
Kevin Vaucher