Merci Marilou Münger
Marilou Münger nʼest plus. Cʼest un tiers de ma vie qui défile… Marilou était notre diacre, elle avait plus que la vocation requise pour cet exercice acrobatique à lourde responsabilité : elle qui avait charge dʼâme possédait un don. Le don de toujours trouver le texte biblique ancien qui correspond à une situation que lʼon pourrait croire dʼune grande modernité, le don dʼavoir aux lèvres les mots qui viennent du fond du cœur.
Elle disait en outre ceci :
Si tu te conduis mal, ce nʼest pas toi que je nʼaime pas : ce sont tes actes que je réprouve. Toi, je tʼaime.
Elle séparait ainsi clairement lʼêtre humain de ses actions, et ne jugeait dès lors que ces dernières. Le repentir, de même que le pardon, étaient dès lors possibles.
Parlant de la Croix, elle indiquait que la partie verticale était la relation entre lʼêtre humain et son Créateur, alors que le bois horizontal, plus court, représentait les relations entre les humains. Et elle concluait :
Combien de prières adressées à la verticale reçoivent une réponse à lʼhorizontale…
Ainsi dit-on parfois à lʼun de nos semblables qui nous aide : « Vous êtes un ange ! »… lʼon ne croit pas si bien dire !
Il y a fort longtemps, dans une autre congrégation pourtant non sectaire, jʼai entendu le prêcheur, au demeurant fort sympathique, dire ceci du haut de sa chaire :
Évidemment, dès le moment où je dois préparer mon sermon dominical, je ne devrais répondre ni au téléphone ni à la sonnette.
Or, juste devant moi, se tenait assis un homme dʼune grande bonté que je connaissais très bien, et qui avait officié régulièrement à la place du harangueur de service. Cet homme était, entre autres choses, visiteur de prison et sʼoccupait de personnes ayant de graves problèmes dʼalcool… Que de fois nʼavait-il pas été sollicité, à toute heure du jour et de la nuit, pour partir à la recherche dʼun poivrot que sa famille ne voyait pas rentrer… Sʼil avait agi comme je venais de lʼentendre suggérer, combien de situations délicates, qui se sont bien terminées, auraient fini dans le drame et la souffrance ?
Jamais Marilou nʼaurait écarté un appel au secours, pas plus quʼelle nʼaurait bâclé son message du dimanche : elle aurait, jʼen ai la certitude, préféré passer une nuit blanche et faire face à la fois à la détresse dʼun seul et à son rôle de pasteur apportant son appui au plus grand nombre du haut de la chaire. Elle avait lʼhumanité multiple, chacun avait la même importance à ses yeux, sans distinction ni préjugé dʼaucune sorte.
Le don, peu importe lequel, est donné, il ne peut pas sʼapprendre. Cʼest une grâce que lʼon reçoit. Et il convient de savoir sʼen montrer digne. Toutes celles et ceux qui ont marché, fût-ce temporairement, aux côtés de Marilou savent de quoi je parle et se souviennent avec respect et émotion de ces moments dʼamitié sincère quʼelle créait à chaque rencontre.
Puissions-nous tous avoir à lʼesprit le respect et la clairvoyance dont elle faisait preuve envers chacun.
Merci Marilou. Et merci à Vous de nous lʼavoir prêtée.
Sylvain Moser, Les Verrières