Micro, boulot, Bino
Pascal Magnin, c’est d’abord l’histoire d’un jeune hockeyeur fleurisan qui a porté haut les couleurs du CP et qui a fait une brève mais intense carrière en ligue nationale. Pascal Magnin, c’est aussi l’histoire d’un homme aux abords rieurs mais aux tréfonds sérieusement travailleur. Pascal Magnin, c’est également l’histoire d’un musicien passionné qui a donné beaucoup à sa passion démesurée. Pascal Magnin, dit Bino, c’est probablement surtout l’histoire d’un fils qui a su trouver la bonne équation pour réussir dans la vie et rendre fier son papa décédé il y a quatre ans. Micro, boulot, Bino, telle est cette équation !
Ce n’est pas en mai 68 mais en mai 63 que Pascal Magnin a vu le jour à l’hôpital de Fleurier. Après avoir suivi un cursus scolaire traditionnel au Vallon, il entame un apprentissage chez Schmutz à Fleurier avant de prendre la route pour Langenthal en 1982. à 19 ans, Pascal a été engagé par le club de hockey bernois pour évoluer en ligue nationale B. Il y passera trois ans au total. Avant cela, il avait fait ses débuts en LNB à 16 ans avec Fleurier. Puis il avait joué deux années en 1re ligue à la suite de la relégation du club en 1980. Parenthèse terminée. Au terme de ses trois ans passés à Langenthal, il repasse par Fleurier où il évolue sous le maillot du CP tout en travaillant comme employé de commerce. Tout va très vite dans sa vie, après à peine douze mois de retour au bercail, il repart direction Neuchâtel. C’est avec l’équipe locale de Young Sprinters en 1re ligue qu’il poursuit donc son parcours sur la glace. Mais c’est surtout professionnellement qu’il y trouve chaussure à son pied.
Fin du hockey, début de Britannicus System
En effet, il entre à cette époque à la banque populaire suisse (rachetée par Crédit suisse en 1990). Il y restera douze années, soit jusqu’en 1998. Entre-temps, il est revenu au CP Fleurier pour terminer sa carrière en 1990.
J’avais seulement 27 ans. C’est tôt pour arrêter le hockey mais j’avais envie de me consacrer davantage à mon boulot et surtout de pouvoir approfondir mon univers musical.
La musique, évidemment ! Pascal Magnin est aussi connu pour son talent micro et guitare à la main.
On a créé le groupe vallonnier « Britannicus System » en 1994 avec Thierry Jaccard, Yves Cottet et Yves Reichenbach. La choriste Stéphanie Geiser puis le bassiste Olivier Berthoud nous ont ensuite rejoints les années suivantes.
Dans les années 2000, une remouture du groupe est venue y adjoindre un septième membre en la personne d’Hélène Franceschi. Sur les vingt-cinq années d’existence du groupe, c’est avec ce noyau dur de sept musiciens que Britannicus System a sillonné les différentes scènes de la région.
« J’ai épuisé quatre conseillers et conseillères d’état »
On n’a jamais visé plus haut que le régional et c’est très bien comme ça. On n’avait pas le niveau. Au moment où on a eu la maturité pour éventuellement envisager un statut de semi-pro, on était déjà trop vieux pour le faire. Pas trop vieux dans la tête mais certains avaient des obligations personnelles ou professionnelles qui ne collaient pas avec une telle évolution. Moi-même, j’ai eu un parcours qui est allé crescendo en ce qui concerne mon activité principale.
Pascal Magnin a d’abord été responsable des immeubles à la banque populaire suisse. Il s’occupait des quatorze succursales de tout l’Arc jurassien pour ce qui est de la sécurité bancaire et des travaux de transformation notamment.
Ensuite, j’ai été responsable des faillites immobilières à l’office des faillites neuchâtelois durant deux ans et chef de l’office cantonal du logement pendant dix ans. J’ai épuisé quatre conseillers et conseillères d’état,
se marre de bon cœur le Fleurisan de 58 ans.
Bino, son père, son héros !
Tout ça, en parallèle de sa « carrière musicale » durant laquelle il a sorti trois disques estampillés Britannicus System. En 2003, il a par ailleurs produit 100% artisanalement un album solo sous le nom de Bino.
Bino était le surnom de mon père. J’ai hérité de ce surnom quand j’ai commencé le hockey et le foot à Fleurier. On m’appelait « le p’tit Bino » et cela m’est resté durant toute ma vie. Papa en était fier d’ailleurs. Et maintenant je lui rends hommage en portant ce nom de scène avec une grande fierté. Mon père fut mon héros. Il est malheureusement décédé en 2017.
Il y a quelques semaines, le « P’tit Bino » a présenté son second album solo intitulé « Miroir de l’âme ». Sur chaque morceau, les musiciens ont enregistré chacun de leur côté, sans même se voir, et les fichiers ont été synchronisés ensemble par la suite. Dans son petit « espace studio » aménagé chez lui, Pascal Magnin ne manque pas de créativité et de rendement.
J’ai déjà créé vingt nouveaux morceaux. Je ne sais pas ce qu’il en adviendra mais j’ai ce besoin tenace de créer.
« On jouait parfois comme des vaches, salaud ! »
À l’époque du groupe, c’était dans leur local de La Presta que les amis faisaient rugir leurs instruments.
C’était dans l’ancien laboratoire des mines d’asphalte, là où les scientifiques venaient faire leurs analyses. On était bien car on était seul et on ne dérangeait personne. Vraiment personne ? Bon peut-être qu’un lointain voisin de la ferme au-dessus est venu un soir à 22 h 30 nous demander de tempérer nos ardeurs. Il se levait à 5 h du matin, le pauvre. On jouait parfois comme des vaches, salaud !
En 2011, le Fleurisan est encore monté en grade professionnellement en intégrant l’office fédérale du logement sous le joug d’une association pour les coopératives d’habitation. Il y a fait dix ans. Depuis juillet de cette année, il travaille à l’association suisse des coopératives libérales. Le petit enfant qui a découvert la musique grâce à sa maman qui écoutait Claude François en a fait du chemin. L’ado qui a grandi dans la musique en découvrant Queen et les Stones en a pris de l’expérience. L’homme qui s’est lancé dans la musique à 31 ans en a ajouté des cordes à sa guitare. Oui, le P’tit Bino est devenu grand !
Kevin Vaucher