Noël les pieds dans l’eau ! (3 sur 3)
C’est déjà le troisième et dernier volet de notre plongée au cœur des inondations qui usent année après année les Vallonniers touchés par les crues. La dernière en date, le 24 décembre 2022, tombait mal, à quelques heures de fêter Noël en famille. Sans mauvais jeu de mot, cela a été la goutte de trop pour plusieurs habitants de Travers qui demandent des actions rapides pour régler une fois pour toutes ce problème. Ces actions, elles devront venir des autorités politiques et d’ingénieurs, seuls capables d’agir pour stopper l’hémorragie. L’orage n’a que trop duré, le temps doit être aux actes !
« Nous, on n’est pas des ingénieurs. On ne sait pas quelle est la bonne solution. Mais on a pu constater certaines choses. Il y a quelques années, le fond de la rivière était curé, ça avait aidé un certain temps. Pourquoi ne redraine-t-on pas ? », se demandent, en « simples citoyens », Sylviane et Jean-Pierre Schenk. Ce couple de Traversins habite à la rue des Moulins 3, en bordure de l’Areuse. La forte végétation qui entoure les saules, sur le côté de la rivière, est aussi pointée du doigt. Les déchets s’y accumuleraient et provoqueraient un frein non négligeable à l’écoulement normal du flux. « Il faut agir en urgence. Nous, que voulez-vous qu’on fasse de plus, monsieur Vaucher ? On est épuisé par tout ça. On en a marre mais on est attaché à notre Vallon, on ne veut pas le quitter », lance Sylviane, sur qui la situation n’a que trop pesé.
La solution ne tombera pas du ciel
Lorsqu’il part en vacances, le couple Schenk doit aller jusqu’à mettre un dispositif spécial en place pour « sauver les meubles » en cas de nouvelle crue. « Même en vacances, on vit constamment avec cette peur au ventre et on s’informe sur la météo prévue au Val-de-Travers. » Certains experts prévoient une augmentation des précipitations de 20% en hiver d’ici à la fin du siècle. Avec, une diminution des précipitations, d’autant en été. Sécheresses et inondations seraient donc encore plus à risque. On le comprend, la solution ne tombera pas du ciel !
Lors de la dernière crue à Travers, le 24 décembre, le couple Schenk ainsi que son voisin Pedro Marques, ont été surpris par la montée rapide de l’eau malgré leur « expérience » dans le domaine. « Quand il commence à pleuvoir fort, on organise des rondes de contrôle la nuit pour vérifier le niveau des eaux. Cette fois, tout a débordé en une heure. Il n’y avait pas grand-chose à faire », détaille le directeur du garage Touring. Pedro Marques a eu de la chance dans son malheur, son assureur est venu sur les lieux dès le 27 décembre (le 25 étant un dimanche et le 26 étant férié).
« Les assurances vont nous lâcher ! »
« Je le remercie sincèrement pour son travail. Vous savez, une inondation peut causer de grands dégâts. J’en ai eu pour un demi-million de francs de dommages lors de l’énorme crue de 2017. Une fois sur deux, je me débrouille comme je peux et je ne fais même pas appel à mon assurance. Mes sous-sols sont totalement fissurés et ça, personne ne veut réparer. L’ECAP m’a même dit que ça ne servait à rien de renforcer les sols car l’eau passera tôt ou tard, à nouveau. Il faut agir sur le problème en amont. » En amont, c’est la rivière.
La rivière dépend de qui ? De la commune, qui elle-même dépend de l’État. Bref, c’est à l’État d’agir ! « Ça fait 5 ans qu’on nous dit que des solutions vont être trouvées et 5 ans qu’il ne se passe rien. Les assurances ne veulent plus attendre, et nous non plus. Elles vont nous lâcher », préviennent les voisins de Travers. Désespérément dans l’attente d’actions, les sinistrés traversins en ont été quittes pour passer un Noël les pieds dans l’eau. Eux, ont été mouillés. Et si c’était au tour des autorités de se mouiller un peu ?
Kevin Vaucher