Nouvel horaire de bus
Comment en est-on arrivé là ?
Depuis quelques semaines, nous suivons le dossier de l’horaire TransN pour 2025. Depuis qu’il a été annoncé, une levée de boucliers a eu lieu sur le Haut-Vallon. À l’image d’autres régions périphériques, Les Verrières et Les Bayards sont deux villages qui se sentent lésés par la nouvelle offre. Cette semaine, nous vous proposons un éclairage grâce à l’expertise de Jean-Paul Beuret, ancien chef de gare de Travers, président du RVT Historique et coprésident de la conférence régionale des transports.
Pour comprendre l’évolution des transports publics au Val-de-Travers, il faut se replonger 40 à 50 ans en arrière. « À cette époque, les bus ne circulaient pas et c’est uniquement par train que l’on pouvait rejoindre Les Verrières (il y en avait 12 par jour). La ligne de 17 kilomètres ne passait pas par Fleurier mais par Couvet CFF, Boveresse et Les Bayards pour terminer sa course à Pontarlier. Il circulait de 80 à 90 km/h et on était aux Verrières en 15 minutes. Maintenant, il en faut le double depuis Travers », remarque Jean-Paul Beuret.
1993 : le bus remplace le train
Comment en est-on arrivé là ? « La ligne de train a été remplacée par le bus en 1993. Cela s’est fait graduellement. Il y a d’abord eu des navettes scolaires jusqu’à Fleurier lorsque le collège secondaire des Verrières a été fermé. Puis les bus ont commencé de transporter l’ensemble du public un peu plus tard. » C’est de ce changement de mode de transport que découle indirectement le problème actuel d’horaire. Eh oui, les trains circulaient jusqu’à 23 heures – minuit par le passé. Au début, les bus se sont calqués sur cette offre avant de diminuer gentiment l’heure du dernier bus année après année. Jusqu’à prévoir une dernière navette en direction des Verrières, à 19 h 24, au départ de Fleurier. C’est ce qui est noté dans l’horaire 2025. De plus, il faut passablement de temps pour arriver dans le Haut-Vallon car le bus s’arrête dans tous les villages, faisant le crochet par Saint-Sulpice notamment.
Explosion de la mobilité
Autre problème, la mobilité a explosé durant les dernières décennies. En résumant les choses, on allait travailler dans le village à côté à l’époque, et maintenant, on se déplace jusqu’à Neuchâtel ou Yverdon, voire plus loin encore. Additionnée à la dégradation de l’offre en région périphérique, cette mobilité plus forte a poussé les utilisateurs vers le choix de la facilité qui est celui de la voiture. « 90% des habitants des régions périphériques ont la voiture aujourd’hui. Le bus est quasiment réservé aux captifs, c’est-à-dire à ceux qui n’ont pas d’autre choix que d’utiliser les transports publics. »
Taux de couvrement de 15%, vraiment ?
Les personnes âgées et les enfants sont évidemment les plus concernés. « Cette ligne 590 vit d’ailleurs essentiellement grâce aux transports scolaires. » Ce dernier point rend sceptique Jean-Paul Beuret sur le taux de couverture de la ligne. Rappelons que celui-ci doit être de 20% minimum pour bénéficier de subvention. « La ligne était au-dessus de ce pourcentage il y a quelques années. Il y a de plus en plus d’élèves qui font les navettes entre Les Verrières et Fleurier. Pourtant, on nous dit que ce taux est descendu à 15% désormais. Cela pose question quant à la façon de calculer ce pourcentage. » Sans même parler de la notion de service public.
Des (en)jeux sous-jacents en coulisses
C’est en s’appuyant sur cette notion que plus de 2000 personnes ont déjà signé la pétition contre le nouvel horaire TransN qui circule à travers le Vallon ainsi qu’en France voisine. « Effectivement, il ne faut pas oublier que les autorités françaises rentrent dans l’équation. Et à partir de là, la question prend une tournure politique. »
Avec les (en)jeux de pouvoir qui vont avec. En coulisses, il se murmure que l’arrêt du financement de la ligne Neuchâtel – Frasne par la région Bourgogne-Franche-Comté n’a pas été du goût des autorités suisses.
Tailler très largement dans le financement de l’offre de bus entre le Val-de-Travers et Pontarlier serait ainsi une réponse à peine voilée. Sans s’ébruiter sur ces « bruits », Jean-Paul Beuret confirme que « nous sommes plus ou moins en état de guerre politique. » Quand reviendra-t-on sur de bons rails ?
Kevin Vaucher