Pension Beauregard
Quand l’invisible se donne à voir !
Cʼest fait, les nombreuses œuvres de 14 artistes neuchâtelois sont désormais visibles à la Pension Beauregard. Vendredi passé, le vernissage a été vécu dans une énergie débordante par ce collectif regroupé au sein de lʼassociation Hors cadres. Hors cadres car ce sont tous des rois du hors piste qui aiment casser les codes et qui sont parfois mis sur la touche par des expositions plus conventionnelles. Ce nʼest probablement pas pour rien que leur travail laisse une grande place à la mise en avant de ceux que lʼon ne voit pas.
Si lʼinvisible vous fascine, vous avez encore dix jours pour lui mettre la main dessus ou au moins poser votre regard sur lui à la Pension Beauregard de Fleurier. Parmi les créateurs exposés, on trouve la sculptrice sur pierre Anouk Dutranoy. Depuis une trentaine dʼannées, elle façonne pour donner vie à ce quʼelle regroupe sous le terme générique dʼinvisible.
Il y a une part très féminine que je fais ressortir dans mes œuvres. Jʼaime représenter des bustes ou des corps de femmes quʼon laisse dans lʼignorance. Quʼelles soient de couleur, en surpoids ou malades, les regards préfèrent souvent les contourner. Jʼavais envie de leur rendre leur droit à lʼexistence.
Sculpture de plus de 70 kilos
Une existence qui est parfois bien lourde à porter. Non, je ne parle pas au deuxième degré mais bel et bien au premier. Lʼune des sculptures dʼAnouk Dutranoy pèse plus de 70 kilos.
Elle est plus lourde que moi,
sʼamuse à observer celle qui est enseignante dans la vie de tous les jours.
Comme jʼai plus de vacances que la moyenne, jʼen profite pour me rendre de temps en temps en Toscane pour y travailler le marbre de Carrare. Jʼébauche la pierre sur place et je commence le polissage avant de la rapatrier en Suisse. Je mʼoccupe des finitions une fois revenue dans la région.
La touche finale est apportée dans son atelier de Mont-Soleil. Bel endroit pour donner de la lumière à ses œuvres.
« On ne sait pas pourquoi mais ça fonctionne »
Finalement, si on extrapole les motivations de cette artiste, ça rejoint en tous points les raisons dʼexister de Hors cadres. Cette association permet à des créations de sortir de la pénombre et dʼêtre visibles le temps dʼune exposition.
On ne sait pas pourquoi ni comment mais ça fonctionne,
résume lʼartiste-verrier Sylvie Jaccard. Atteindre le bon équilibre, cʼest aussi ce que recherche Richard Rohart. Le scupteur sur bois et plexiglas aime mélanger les matières et les formes pour monter ses réalisations. Jʼutilise volontairement le verbe « monter » car ses sculptures sont « tout en hauteur ».
1 mètre 40 dʼinstabilité
Les deux quʼil a prises avec lui à la Pension Beauregard mesurent 1 mètre 40. Elles représentent des livres empilés les uns sur les autres. Elles sont imaginées de telle façon quʼon a lʼimpression que les piles vont tomber dʼune seconde à lʼautre.
Jʼai énormément lu à une partie de ma vie et cʼest sans doute une référence à cette période. Je ne me pose pas la question du pourquoi quand je crée. Une fois que lʼinspiration est passée et que lʼobjet est terminé, il ne mʼappartient plus. Cʼest un privilège de donner vie à quelque chose mais je me retire immédiatement après. Lʼœuvre doit vivre par elle-même et pour elle-même.
Elle poursuit ainsi sa vie en hors piste, de foyer en foyer et dʼyeux en yeux pour continuer à exister !
Kevin Vaucher