Chez les Droumaguet, père et fille adorent se « taper dessus » !
Stéphane et Charlotte Le Droumaguet vivent paisiblement à La Côte-aux-Fées. Le père a 50 ans et sa fille en a 37 de moins. Mais cet écart d’âge ne se perçoit absolument pas. Ils sont d’une complicité à toute épreuve et ils ne se quittent jamais bien longtemps. Le père suit même sa fille jusque sur le ring depuis que Charlotte a commencé le light-contact au Boxing-Club Val-de-Travers, il y a trois ans. Les deux « inséparables » s’entraînent ensemble et se boxent donc régulièrement l’un et l’autre. De quoi régler certaines disputes avec les gants de boxe ? « Je n’ai pas besoin de dispute pour me lâcher un peu », fait fuser la jeune fille. Le combat est ouvert !
Round 1 ! Il faut immédiatement préciser que la boxe ne se résume nullement à se « taper dessus ». C’est un art et un sport avec le respect de l’adversaire constamment en toile de fond. Le light-contact est une version soft de la boxe où les coups ne sont jamais portés à pleine puissance. C’est la technique qui prime, une sorte d’escrime de la boxe. Charlotte a commencé le light-contact au Boxing-Club Val-de-Travers pour suivre quelques copines à elle. « Après une semaine, elles avaient toutes arrêté et moi j’ai continué. » C’est elle qui a attiré son papa Stéphane sur le ring.
Une bonne « drogue »
Round 2 ! Rien ne prédestinait Stéphane à la boxe, ni même au sport à fréquence si régulière. « Je faisais 12 kilos de plus il y a une dizaine d’années. Puis j’ai eu un déclic. Une prise de conscience. Le sport a été quelque chose de salvateur dans ma vie. J’appréhende le quotidien comme une succession de combats et il faut être en forme pour les mener. C’est une bonne addiction. » L’addiction, il connaît ça, lui qui travaille à la Fondation Ressource de La Côte-aux-Fées. « Je m’occupe de personnes marginalisées et de personnes dépendantes à la drogue. J’essaie de leur faire comprendre que cette addiction peut être remplacée par quelque chose de plus positif comme le sport par exemple. »
Du luxe des grandes villes à La Côte-aux-Fées
Round 3 ! Le changement, le Français d’origine connaît aussi ça ! Stéphane a longtemps parcouru la Suisse et d’autres pays lorsqu’il était encore employé par une grande chaîne d’hôtels de luxe. « Ce qui m’impressionne le plus chez papa, c’est qu’il a travaillé dans le luxe et les grandes villes et qu’il se retrouve aujourd’hui à habiter dans un village de quelques centaines d’habitants au Val-de-Travers », réagit sa fille. « Et je m’y sens bien », lui répond-il en une fraction de seconde. Il est comme ça Stéphane, il suit son propre chemin et non pas celui que quiconque essaie de lui imposer.
Cogner encore plus fort !
Round 4 ! à ce propos, depuis quelques semaines, c’est lui qui a donné l’impulsion pour se diriger vers des sports avec encore plus de contact avec sa fille. Beaucoup de parents auraient sans doute essayé de maintenir le plus longtemps possible leur fille dans une discipline où les contacts sont moindres. Pas lui ! « Honnêtement, il a pas eu à me convaincre énormément car j’avais aussi en tête de me diriger un peu plus vers la boxe ou le MMA (arts martiaux mixtes). Ce qui me plaît dans ces disciplines, c’est de ne pas avoir le droit à l’erreur car la sanction peut tomber à tout moment sous forme de KO », explique Charlotte. Père et fille se rendent ainsi une fois par semaine, en train, à Neuchâtel pour cogner encore plus durement. Rallier Neuchâtel depuis La Côte-aux-Fées est déjà un sacré combat.
« Contre papa, le light-contact n’est plus très ‹ light › parfois… »
Le round décisif ! Actuellement, la fille se remet d’une blessure qu’elle s’est faite…
au breakdance ! Elle revient gentiment en forme dans l’appartement familial qui se transforme en véritable salle d’entraînement par endroits (sac de frappe dans l’entrée, barre de traction dans le couloir,…). « Je suis impatiente de pouvoir reprendre vraiment l’entraînement et boxer avec papa. » Toujours en douceur ? « Pas vraiment », rigole Stéphane.
« En light-contact, Charlotte se fait souvent remettre à l’ordre par l’arbitre parce qu’elle tape trop fort. Spécialement contre moi bizarrement… » Parole à l’accusée : « C’est vrai que le light-contact n’est plus très light parfois. Je sais que lui n’ose pas trop frapper fort quand il m’a en face de lui, c’est un avantage. » Du moins jusqu’à un certain point. « Parfois, il m’envoie un coup légèrement plus fort et je comprends que je dois me tempérer un peu. » Avec ces deux là, l’amour ne se partage pas main dans la main mais les poings liés !
Kevin Vaucher