Public et pari tenu pour Barrelet
Il n’y a d’abord pas cru, puis il est venu, et il a convaincu. Malgré le succès de sa première conférence, Olivier D. Barrelet craignait que son public ne le suive pas une deuxième fois. J’avais fait le pari inverse en présentant l’événement dans le Courrier. Et son deuxième « opus » sons et images sur Mozart a bel et bien attiré ses fidèles samedi passé du côté d’espaceVal. Ils étaient une cinquantaine à se presser à nouveau pour l’écouter parler du Requiem du compositeur autrichien. Son format mêlant prises de parole et diffusions d’extraits sur grand écran est une formule qui marche.
C’est le maître des lieux et responsable de la partie technique, Thierry Page, qui a adressé le mot de bienvenue au public en ces termes :
espaceVal est très heureux d’accueillir à nouveau un conférencier avec de telles connaissances dans ce domaine.
Il est vrai qu’Olivier D. Barrelet avait parfaitement tenu son rang en novembre dernier lors de sa conférence sur la Flûte enchantée. C’est probablement un des facteurs qui expliquent qu’il n’y avait à nouveau plus beaucoup de places libres dans la salle samedi en fin de journée. Sur le coup de 17 h, le Môtisan est entré en scène pour planter le décor.
Pénétrer dans le Requiem de Mozart, c’est comme se laisser aller à une lente agonie.
Voilà une entrée en matière « façon Barrelet ». L’homme joue avec les émotions comme un yoyo au bout d’une ficelle. Il sait « saisir » son auditoire et le faire passer par un large spectre de sentiments.
« Une lente marche vers l’autre monde »
Le point de départ de ce voyage sons et images se situe en 1791.
La légende de ce requiem perdure depuis plus de deux siècles.
Une légende qui se renforce à l’écoute de cet univers très « mozartien ». Ni trop euphorique ni trop calamiteux. Pure, tout simplement.
L’homme se retrouve nu devant une telle pureté. C’est une lente marche vers l’autre monde. On sent la mort arriver et on la côtoie avant de tournoyer dans un profond apaisement.
Le premier extrait a parfaitement plongé la salle dans cette atmosphère mi-divine, mi-humaine.
Le tintement de la harpe fiévreuse apporte de la puissance. Je dirais même de la violence au début du Requiem. Mozart veut évoquer l’imminence du jugement dernier.
La mort qui arrive au trot
« Les cordes » viennent ensuite y ajouter de la profondeur et de l’instabilité.
Ce passage pourrait être résumé par deux mots : sauve-moi,
adresse dans un sursaut Olivier D. Barrelet. Au fil des minutes, il se veut plus intime avec le compositeur, n’hésitant plus à l’appeler Wolfgang. Barrelet s’approprie alors son histoire. Pour lui, les hautes voix des extraits suivants ne sont plus uniquement des voix mais des bêtes croupies dans l’obscurité et prêtes à bondir. Le rythme saccadé ne fait plus référence à des variations de tempo mais à la mort qui arrive au trot. Barrelet vit la musique et la salle commence à claquer des dents. Nous ne sommes plus à Couvet mais au chevet du compositeur. Il est malade, la mort vient à lui mais il continue à composer son requiem.
Des sanglots, une révérence et des applaudissements
Où est passé Barrelet ? Tantôt à gauche de la salle, tantôt à droite… et bientôt au milieu. L’homme vit chaque son avec intensité. Il souffre certainement autant qu’il en profite. Puis arrive le déchaînement, la torpeur, la solennité… ça y est, la mort est passée ! Et 95 minutes sont passées aussi. Barrelet est épuisé mais heureux. Le public a été dépaysé et parfois décontenancé. Le conférencier conclut avec quelques sanglots dans la voix et une révérence aussitôt suivie d’applaudissements nourris. Le temps d’un instant, Barrelet a fait revivre celui qu’il aime tant. Mais il faut que l’on retrouve nos esprits, la conférence est terminée, nous sommes en 2022 et Mozart est bien mort depuis plus de 230 ans. Alors, on remet ça avant la fin de l’année Monsieur Barrelet ?
Kevin Vaucher