Gare de Noiraigue
Quatre wagons pour une œuvre d’art
En parallèle de la conférence de presse annonçant la première Journée portes ouvertes de la culture, le réseau culture de Destination Val-de-Travers présentait, lundi dernier à Noiraigue, l’œuvre « taguée » du graffeur Benjamin Locatelli : quatre wagons de chemin de fer aux couleurs du Vallon, parsemés de références, de « hashtags », à l’histoire de la région.
Leur dégradé du blanc au vert sombre, en passant par le bleu et le vert bouteille, contraste avec le gris du quai et des voies de chemin de fer et attire immédiatement l’œil. Incontestablement, les quatre wagons de chemin de fer de Goût & Région ne passent plus inaperçus en gare de Noiraigue.
La gare de Noiraigue est un peu la porte d’entrée du Vallon,
image Matthias Von Wyss, directeur de Goût et Région, heureux que désormais les quatre wagons tagués offrent une première image moderne aux visiteurs. C’est dans cet objectif que l’entreprise a approché le réseau culture de Destination Val-de-Travers pour rénover ces « vieux wagons » où sont entreposés les 150 vélos de l’acteur touristique.
Le nom de Benjamin Locatelli, qui est reconnu pour son travail de graffeur, s’est rapidement imposé,
explique Louison Bühlmann, responsable du réseau culture.
L’artiste des Verrières a tout de suite été intéressé par le projet.
Taguer des wagons, c’est ce que l’on fait dans le graffiti,
résume Benjamin Locatelli. Ce dernier sourit avec malice lorsqu’on lui fait la réflexion qu’il avait l’autorisation de « taguer » ces wagons.
C’est plus cool, même s’il y a moins d’adrénaline,
rigole-t-il, en avouant son plaisir de prendre son temps pour travailler dans l’atmosphère et le cadre privilégié de Noiraigue. Celui qui est depuis vingt ans dans le « graff » a mis une « petite semaine » entre la préparation et les finitions pour graffer les 400 m2 mis à disposition.
En surface, c’est probablement ma plus grande réalisation,
estime-t-il, en avouant n’avoir pas comptabilisé le nombre de bombes nécessaires.
Certainement plus d’une centaine,
assure l’artiste.
Alentours pour inspiration
Les teintes choisies par l’artiste des Verrières lui ont été inspirées par l’environnement de Noiraigue. Les différents tons de vert se réfèrent évidemment aux forêts alentour et le blanc, qui permet « de créer un contraste », aux neiges des mois futurs. Mais ce blanc laiteux ne fait-il pas écho à la couleur d’une absinthe troublée ?
C’est possible aussi,
admet Benjamin Locatelli en souriant. En se rapprochant des wagons, on peut distinguer plus précisément l’autre aspect de l’œuvre, les multiples hashtags résonnant avec l’histoire du Val-de-Travers : #Creux-du-Van, #Bourbaki, #1871, #1910, pour ne citer que ceux rapidement relevés. L’artiste avoue qu’il a dû effectuer quelques recherches pour trouver des dates et des symboles. Il espère titiller la curiosité des gens, les inciter à faire le tour des wagons et rechercher eux-mêmes la signification des hashtags.
Presque dans l’esprit d’une chasse aux trésors,
note-t-il.
Initialement, la transformation des quatre wagons de Goût & Région devait être présentée plus tôt, mais les conditions météorologiques de cet été et des derniers mois ont retardé sa réalisation.
La raison de présenter cette œuvre aujourd’hui est la pluie,
plaisante Louison Bühlmann, ravie de cette œuvre d’art « à ciel ouvert » aux couleurs du Vallon.
Peut-être est-ce regrettable, car l’œuvre du graffeur verrisan aurait mérité autre chose que la brume et le vent frais d’un mois de novembre. Toutefois, les visiteurs, touristes ou simplement curieux pourront admirer à loisir les quatre wagons graffés à Noiraigue.
Ils sont destinés à y rester désormais,
conclut Matthias Von Wyss. S’ils sont la première image du Vallon, celle-ci est bien belle et pleine de symboles.
Gabriel Risold