Tour du Monde
Sur le toit du Guatemala
Deux anciens Vallonniers et amis, Fabienne Pétremand de Fleurier et Pierre Antoniotti de Saint-Sulpice, ont décidé de faire un projet en commun et hors du commun : celui de voyager, toujours plus loin, toujours plus longtemps. Cʼest le 4 novembre dernier quʼils ont décollé de Genève pour atteindre le nord du Mexique. Un premier souhait collectif : celui de descendre toute lʼAmérique latine jusquʼen Patagonie pour ensuite regagner lʼEurope et le Portugal afin de réaliser le trajet ferroviaire le plus long au monde : Porto-Hô Chi Minh. Dans notre édition du 3 février dernier, les deux amis nous ont fait voyager à bord du légendaire El Chepe. Cette semaine, cʼest au Guatemala quʼils racontent la suite de leur voyage !
Il serait incomplet de visiter le pays sans faire lʼascension de lʼAcatenango. Le volcan, qui domine la ville coloniale dʼAntigua, culmine à 3976 mètres et le défi est de taille. Tout commence la vieille à San Jose Calderas, un petit village isolé où notre guide a élu domicile.
Nous passons la nuit chez lʼhabitant, dans des conditions quelque peu précaires. Il fait déjà froid mais quʼimporte, toutes nos pensées flottent vers notre marche du lendemain. On prépare nos sacs avec précaution, on reçoit des gants, des bonnets et un bâton, un simple bout de bois qui deviendra pourtant notre meilleur allié durant les prochaines 24 heures. Après un petit déjeuner composé dʼœufs brouillés, dʼavocats et de haricots, départ à 9 h pétantes.
Lʼascension se fera en quatre parties, toutes plus ou moins difficiles. Dès nos premiers pas, nous suivons un chemin de terre en pente raide durant une grosse heure. Nous fixons le sol afin de tromper nos cerveaux et faisons déjà le deuil de nos mollets respectifs. Et la suite ne sera pas bien différente. Nous traversons ensuite une forêt humide où les nuages sʼenlacent aux arbres et prenons rapidement de lʼaltitude. Puis soudain, toute la vallée sʼoffre à nous, comme une première récompense.
La dernière étape est sans doute la plus difficile de la journée. Après quatre heures de marche, le sol devient sableux et ne décline pas, bien au contraire. Puis vient la libération lorsque nous apercevons enfin le camp de base. Rapidement, lʼépaisse couverture de cumulus sʼincline et nous laisse admirer le spectacle : au fond à gauche le volcan Agua et, pile en face, le majestueux volcan Fuego qui, déjà en cette fin dʼaprès-midi ensoleillée, gronde et crache une épaisse fumée noire à un rythme plus au moins régulier. Le clou du spectacle arrivera sous la lune, lorsque les explosions de lave en fusion raviront nos yeux ébahis par cette magie terrestre.
Après une nuit polaire à disparaître dans nos sacs de couchage, il est temps de terminer lʼascension. Il est 4 heures du matin et notre guide nous a prévenus : le plus difficile est à venir. 1 h 30 de marche est encore nécessaire avant de gagner le sommet du volcan et le chemin est périlleux. Avec comme seul éclairage une lampe de poche frontale, nous nous engageons le long dʼun sentier sinueux qui zigzague entre rochers et précipices. La bise est dantesque, nos jambes ont demandé le divorce mais une force venue dʼailleurs nous pousse inéluctablement vers le haut.
Pierre et Fabienne