Travers: quand certains ont fait valoir leurs droits par les armes
Ce samedi, la société de tir L’Avant-Garde fêtera son 125e anniversaire à Travers. La population est appelée à rejoindre le stand de tir du village où une initiation au tir sera proposée avec des armes réelles et des pistolets à air comprimé (25 et 50 mètres). L’occasion pour nous de revenir sur l’histoire de cette pratique à Travers. Bien qu’ancré comme une discipline « bien de chez nous », le tir a parfois dû pétarader pour faire valoir ses droits. Comme ce jour de 1860 où un train du chemin de fer franco-suisse a dû faire face à un feu nourri de contestation.
Ce jour-là, nous sommes en 1860. Le stand de tir de Travers ne se trouve pas à son adresse actuelle (Champ-du-Môtier 5). Il est situé plus en contrebas du village, à l’est du château. Il y a été établi dès 1769. Pourtant, la ligne du Franco-Suisse a été tracée entre le pas de tirs et les cibles du stand, en pleine ligne de feu des tireurs. La compagnie ferroviaire avait fait la sourde oreille aux réclamations de l’Abbaye pour obtenir un dédommagement. Peu avant l’inauguration de la ligne, une course d’essai a eu lieu entre Neuchâtel et Pontarlier. Si le train a pu rejoindre Pontarlier sans encombre cela a chauffé pour « ses fesses» au moment du retour…
Une négociation à coups de fusils
« Le capitaine des carabiniers a eu vent de ce voyage et a fait en sorte qu’un feu nourri sorte du stand au moment où le train s’approchait. Il avait également pris soin de prévenir le garde-barrière de Couvet pour qu’il avertisse le convoi », développe Sébastien Burri, président de L’Avant-Garde. Mise devant le fait accompli, et privée de passage, la compagnie trouva finalement un accord d’indemnité pour faire cesser les armes. « C’était une drôle de façon de négocier mais cela avait été efficace. Il est évident qu’on ne pourrait plus faire la même chose aujourd’hui. » Les temps changent. Les longues démarches administratives ont remplacé les arguments expéditifs et sonores des calibres.
Loyer annuel de 10 francs
La société de tir L’Avant-Garde a vu le jour quelques décennies après cet épisode mémorable. C’était en 1899 exactement. Il y avait une trentaine de membres actifs à cette époque.
Ils sont aujourd’hui une cinquantaine. « La première fois qu’on entend parler de tir à Travers, c’est en 1606 avec l’Abbaye du village. Le stand de tir lui appartient toujours d’ailleurs, même s’il est principalement utilisé et entretenu par L’Avant-Garde. » Pour la petite histoire, l’agriculteur propriétaire du champ sur lequel a été construit le stand de tir demandait un « loyer » annuel de… 10 francs. « Sans doute était-il lui-même tireur au vu de ce tarif symbolique », rigole la secrétaire de la société Christelle Macherel.
L’appel du jambon cuit dans l’asphalte
Les mœurs et les habitudes évoluant, la ligne de tir à 300 mètres a été désaffectée en 2006 pour faire moins de bruit pour le voisinage. Le stand reste opérationnel pour les armes de poing à 25 mètres et à 50 mètres. « Nous sommes le seul stand du canton de Neuchâtel avec des cibles électroniques sur 25 mètres. C’est un bel atout pour nos tireurs. » Le tir du Val d’Areuse, fondé en 1992, est aussi une belle carte de visite pour L’Avant-Garde. « Au début, une vingtaine de personnes se déplaçaient pour tirer nos cibles et nous avons dépassé la septantaine de tireurs aujourd’hui », déroule Sébastien Burri. Le jambon cuit dans l’asphalte, servi pour l’occasion, explique probablement aussi en partie ce succès.
Médaille d’or en 2013
Niveau compétition, la société de tir de Travers participe aux tirs fédéraux tous les 5 ans. Elle se déplace aussi pour des tirs cantonaux, comme dans quelques semaines dans le Jura.
Les championnats de groupes sont aussi un des péchés mignons de l’Avant-Garde. « Nous terminons souvent sur le podium mais rarement à la première place. » La dernière médaille d’or remonte à 2013 déjà. « À côté de cela, nous sommes des bons vivants et nous aimons partager un verre et un repas quand nous nous rencontrons. Mais il n’y a aucun passe-droit avec la sécurité. La fête, c’est toujours après avoir tiré. » Et pour rentrer sans prendre de risque sur la route, il paraît que la ligne du Franco-Suisse est à un jet de cartouche si jamais…
Kevin Vaucher