Trente minutes pour l’Ukraine
Non, ce n’est pas un titre de film. Ou alors un film dont beaucoup auraient préféré ne jamais voir les images. Trente minutes pour l’Ukraine, c’est le temps de recueillement pris par une bonne soixantaine de personnes vendredi dernier en fin de journée à l’église catholique de Fleurier. L’appel avait été lancé à peine 48 heures plus tôt par plusieurs personnalités engagées du Val-de-Travers sur une idée d’Élisabeth Würgler et de René Perret. L’engouement suscité par l’événement à l’échelle locale a mis en lumière un mouvement de soutien plus large actuellement en marche en Suisse et à travers le monde.
Trente minutes pour l’Ukraine, pour certains cela peut paraître très symbolique par rapport aux villes ukrainiennes en train de suffoquer sous les bombes.
C’est au contraire très important, cela va bien au-delà du symbole,
répond Yaroslav Ayvazov. Au côté de sa femme Vira et d’une de ses filles, le couple russo-ukrainien de Noiraigue a naturellement participé à ce rassemblement avec grande émotion. Tous les trois côte à côte, ils ont offert un intense moment en entonnant un chant orthodoxe pour appeler à l’unité.
Que les gens gardent une chaleur physique et psychique intacte malgré cette guerre. C’est le message que nous avons voulu faire passer. Nous sommes très reconnaissants envers les organisateurs de cette initiative. Vous savez, tout compte et chaque action de soutien donne de la force et de l’espoir aux peuples concernés.
Avant que ne soit donnée la bénédiction en français, Yaroslav l’a également donnée en slavon, cette langue liturgique à l’origine de toutes les langues slaves.
Morceau de sérénité au cœur de l’émoi
Ces trente minutes pour l’Ukraine, c’est l’ancienne institutrice Élisabeth Würgler et le pasteur retraité René Perret qui en sont à l’origine. La pasteure Véronique Tschanz, l’agente pastorale Marie-Christine Conrath et le Père Charles Olivier lui ont également donné vie vendredi en fin de journée.
C’était important pour nous de faire quelque chose pour l’Ukraine dans un moment ouvert à tous, croyants ou non. C’était quelque chose de très fort à faire et à vivre. Chacun a pu partager ses émotions pour mieux affronter cette situation,
glissait René Perret. Chants, prières et instants de silence se sont succédé. Une partie des participants avaient préparé quelques mots, souvent une phrase, pour exprimer leur ressenti.
Pour les soldats ukrainiens défendant leur patrie,
pour que cesse le feu des armes,
pour la guérison de tous les peuples,
voilà quelques échos qui ont été entendus. Puis le silence !
Pour Daria,
pour Maria,
pour Roman
…et pour tous les civils impactés par cette guerre. Chacun a ainsi pu adresser une pensée à des personnes plus ou moins directement touchées. Et même si l’émotion a parfois été vive, tout s’est déroulé dans un calme total. Un morceau de sérénité au cœur de l’émoi ! élairés à la lumière des bougies, tous dressés devant les couleurs de l’Ukraine, le moment de recueillement s’est terminé main dans la main pour allier aux mots, la force de l’image et de l’unité.
Un succès jusqu’aux feuilles de chant
Pour ceux qui souhaitent avoir une pensée pour l’Ukraine ces prochaines semaines, des prières en ce sens seront proposées lors des quatre veillées de Carême. Le 16 mars à 18 h, François Lilienfeld participera à cet élan de solidarité avec un concert de musique juive à l’église catholique de Fleurier. Durant les trente minutes de vendredi, la musique a déjà fait office de bon compagnon de route. Tout au long du recueillement, un refrain de chant de Taizé a été repris à plusieurs reprises. Signe de succès, les quarante feuilles de chant distribuées ont rapidement été « écoulées ». Il a donc fallu les partager pour réussir à combler tout le monde. À moins que ce partage-là était aussi souhaité par les organisateurs ? En tout cas, cela a participé au fait de ne faire plus qu’un le temps d’un instant.
Paix-guerre, pour-contre, folie-raison, pourquoi toujours fonctionner par dichotomie ? Pour beaucoup de ceux qui s’étaient réunis vendredi, celle entre la Russie et l’Ukraine n’avait pas lieu d’être en tout cas. Une personne de l’assemblée a rappelé avec raison que plusieurs dizaines de conflits armés sont en cours ailleurs sur la planète et il convient de ne pas les oublier non plus. Je rajouterais que des hommes sont spécifiquement formés pour faire la guerre. Il est donc « normal » qu’ils soient mobilisés par leur armée lorsqu’elle se déclare. Il n’y a en revanche aucune raison de mêler la population civile aux combats. Et je conclurai cet article en citant les mots utilisés par Élisabeth Würgler lors de l’ouverture du rassemblement :
Nous entrons dans la prière du soir, au nom de Dieu qui nous a tous créés, à l’est comme à l’ouest et au sud comme au nord !
Kevin Vaucher