Ukraine : la force des témoignages dʼici !
L’Ukraine à nos portes (partie 3)
Nous continuons cette semaine à retracer les histoires si singulières des familles ukrainiennes accueillies au Val-de-Travers depuis le début de l’invasion russe. Jeudi dernier, nous parlions des craintes venues du terrain compte tenu du fait que chaque réfugié connaît généralement au moins un membre de sa famille mobilisé. Nous évoquions aussi la blessure à une jambe du fils de Maryna, resté au pays pour se battre. Pendant ce temps, ceux qui ont trouvé refuge chez nous doivent bien se forcer à continuer à vivre. Que font-ils au quotidien, comment voient-ils l’avenir et espèrent-ils rentrer un jour sur leur terre meurtrie ? Nous en parlons ensemble !
La grande majorité des réfugiés ukrainiens helvétiques ne travaillent pas aujourd’hui. Fin août, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter indiquait que près de 11% des exilés adultes avaient trouvé un emploi. Sur les 58’000 bénéficiaires du permis S, 34’000 étaient en âge de travailler (19 à 64 ans). Environ 3600 personnes avaient ainsi trouvé une activité lucrative. Le principal frein est clairement la langue. Olga en fait une démonstration sonore qui fait rigoler tout le reste du groupe :
In, en, an, euh… c’est difficile de trouver la bonne façon de prononcer les mots. Mais on essaie !
En plus des démarches régulières à faire au Service de l’asile, les cours de français occupent une partie importante de leurs journées.
Les enfants continuent l’école ukrainienne à distance
Pendant ce temps, les enfants vont à l’école, comme les autres élèves suisses. Souvent, les jeunes terminent leurs cours avant ceux des adultes et ils restent seuls une partie de la journée. Cette situation n’est pas idéale et des solutions sont actuellement recherchées pour occuper et s’occuper des enfants pendant que leurs parents sont absents. Toute idée est la bienvenue et peut être envoyée au Courrier. Cela pourrait être un simple encadrement avant que les jeunes Ukrainiens commencent leur « deuxième journée ». Cette deuxième journée consiste à faire les leçons de l’école ukrainienne à distance. Oui, la plupart des enfants continuent à honorer leurs « obligations scolaires » en pleine guerre ! Pourquoi ?
La guerre va bien se terminer un jour et nous voulons leur donner les meilleures chances d’avenir en Ukraine. Du moins pour ceux qui pourront rentrer,
étaie Maryna.
« Nous ne voulons pas être un poids »
Rentrer au pays, c’est une volonté partagée par beaucoup d’Ukrainiens et d’Ukrainiennes réfugiés en Europe. Chacun a envie de participer à la « reconstruction » de la patrie. C’est aussi une façon de respecter le pays qui leur a ouvert ses portes.
Nous ne voulons pas être un poids pour la population suisse. Nous ne pouvons pas jurer que nous rentrerons tous dans les prochaines semaines car nous ne savons pas de quoi demain sera fait. En revanche, on peut dire que nous souhaitons tous rentrer au pays pour travailler ou rester en Suisse en travaillant. Tout ce que l’on fait depuis que nous sommes ici, c’est d’essayer d’accélérer notre intégration (par les cours de français notamment),
déclare Tetiana, déterminée. En gardant cette franchise slave, elle continue son discours :
Malheureusement, certaines personnes se sont mal comportées ou mal adaptées à leur pays d’accueil lors des premières vagues d’arrivants et cela a dégradé l’image de tout le peuple ukrainien, nous le déplorons.
Des mains prêtes à travailler !
Ces quelques cas ont refroidi certaines velléités d’accueil. Et l’afflux de plus en plus de familles a naturellement refermé des portes pour ceux qui sont arrivés après. Tout à coup, Yurii lance un cri du cœur depuis l’autre bout de la table :
Moi en tout cas, je veux montrer que nous sommes un peuple de travailleurs. Je n’en peux plus de ne pas avoir de travail. Faites-moi faire creuser des trous s’il le faut ou faites-moi distiller de l’absinthe. Je veux faire quelque chose !
Ce solide gaillard a fait plusieurs métiers dans son pays et il a notamment travaillé dans une distillerie. Tetiana est infirmière, Maryna est programmatrice et peintre, Olga sait faire les ongles et travaillait dans le domaine de l’esthétisme. Dans ces métiers où il n’y a pas forcément besoin de maîtriser la langue à la perfection, peut-être que des entreprises et des particuliers du Vallon pourraient trouver en ces mains ukrainiennes, des forces bienvenues pour les aider épisodiquement ?
Kevin Vaucher