Association Les Travers du Vent
Un anniversaire dans l’attente du « dernier » jugement
Le 14 avril 2000 était créée l’Association pour la sauvegarde des sites de la Montagne de Buttes qui allait devenir en décembre 2009 « Les Travers du Vent ». Pour célébrer ces plus de vingt années de lutte contre l’installation d’éoliennes au Val-de-Travers, l’association invite la population à trois soirées cinématographiques, tandis qu’elle demeure en attente du jugement du Tribunal fédéral.
Vingt ans c’est long, et ce n’est pas Thierry Ray, président de l’association Les Travers du Vent depuis 2017 qui dira le contraire en relatant l’historique de l’association. Celui-ci débute en 2000 avec la création le 14 avril par Béatrice Bagaïni, conseillère communal de Buttes à l’époque, de l’Association pour la sauvegarde des sites de la Montagne de Buttes (ASSIM) en réaction aux premières études pour l’implantation d’éoliennes sur les crêtes jurassiennes. Ce premier projet ne verra jamais le jour, mais l’ASSIM demeure et reste « vigilante ». C’est à la suite des nouvelles velléités pour l’installation d’éoliennes sur le site de la Montagne de Buttes que l’ASSIM devient Les Travers du Vent avec à sa tête Fabienne Chapuis-Hini.
La suite est une longue bataille pour fédérer les riverains et pour convaincre la population du danger environnemental et paysager que représente le parc éolien de la Montagne de Buttes. Une lutte qui est marquée par des revers dans les urnes, en 2014, avec l’acceptation par le peuple neuchâtelois d’une planification éolienne cantonale et en 2016, avec le rejet par les Vallonniers du référendum, et devant les tribunaux avec le rejet du recours des opposants, dont Les Travers du Vent, par le Tribunal cantonal neuchâtelois. Désormais, Les Travers du Vent, ainsi qu’Helvetia Nostra qui recourt avec eux, attendent la décision du Tribunal fédéral (TF).
Je n’ai aucune date mais on reste optimiste et espère un arrêté objectif et neutre,
déclare Thierry Ray, en relevant être effaré par la décision du TF concernant le recours entrepris par les opposants au parc éolien de Sainte-Croix.
Quand je lis les arguments exposés par le TF, je suis plutôt inquiet,
reconnaît-t-il, en soulignant que nombre d’arguments du recours sont identiques à ceux déposés contre le projet nord-vaudois.
Éléments nouveaux
L’optimisme, malgré un soupçon d’inquiétude, de Thierry Ray est dû aux éléments supplémentaires du recours au TF des Travers du Vent et d’Helvetia Nostra : la présence désormais de l’aigle royal et le cumul des parcs entre Vaud et Neuchâtel qui porterait le nombre de machines à 85.
L’argument de l’aigle royal est important, car il s’agit d’un animal protégé. De plus, l’impact de 85 éoliennes sur la faune dans son ensemble serait terrible,
explique celui qui n’a pas toujours été contre cette énergie. Ce n’est qu’après s’être informé que Thierry Ray est arrivé à la conclusion que l’éolien ne constituait pas une solution énergétique viable. Pour lui, l’accent devrait être mis sur le photovoltaïque, la biomasse et l’hydraulique.
Également, Les Travers du Vent ont joint à leur recours au TF une étude acoustique qu’ils ont mandatée et qui révèle que le niveau de décibels du parc serait plus élevé que prévu. D’ailleurs, le président de l’association regrette l’absence d’étude neutre, toutes celles exposées étant mandatées par les promoteurs.
Même si l’association dénombre une centaine de membres, un comité « bien en place » et quelques soutiens financiers, Thierry Ray avoue que ce combat est celui de « David contre Goliath ».
Et il y a toujours ces 41-42% de la population des communes de Val-de-Travers qui avaient voté contre ce développement éolien. Il faut en tenir compte,
précise-t-il, en se souvenant d’une séance d’information à la Fleurisia où une certaine opposition populaire était perceptible. Le président des Travers du Vent regrette aussi que les débats sur l’éolien ne prennent de l’ampleur que maintenant, alors que ceux-ci auraient dû avoir lieu en 2014.
Trois documentaires pour 20 bougies
Bien que l’association soit suspendue à la décision du TF, elle souhaite tout de même marquer ces deux décennies de lutte en conviant la population à trois soirées cinématographiques, ce jeudi 28 octobre et les jeudis 11 et 25 novembre au cinéma Colisée à Couvet.
Ces films documentaires correspondent au combat de notre association,
résume Thierry Ray. Soit un documentaire du Français Charles Thimon sur le développement éolien, le film de Laurent Geslin intitulé « Lynx » et le film-documentaire d’Orane Burri, « Le prix du gaz-une résistance citoyenne », qui relate l’opposition populaire en 2013 en réaction à un projet de forage à Noiraigue. Cette levée de boucliers avait débouché sur un moratoire de 10 ans pour les forages gazier et pétrolier dans le canton de Neuchâtel.
Le président des Travers du Vent souhaiterait-il une telle « résistance citoyenne » ?
Oui, un moratoire serait une excellente chose pour informer véritablement la population et se donner le temps d’étudier d’autres possibilités énergétiques,
avoue-t-il, mais sans trop y croire. Selon lui, la majorité des gens ne réalisent pas l’impact de ce parc éolien.
Dès la première machine, des personnes seront scandalisées,
parie-t-il, en suggérant d’aller observer l’impressionnant chantier de Sainte-Croix. Pour autant, Thierry Ray désapprouve catégoriquement les déprédations qui y ont déjà été commises et espère qu’en cas de défaite au TF, aucun agissement de ce genre n’ait lieu. Justement, en cas de rejet du recours, qu’adviendrait-il aux Travers du Vent ?
Si on venait à perdre pour la Montagne de Buttes, nous nous opposerons au projet éolien du Mont de Boveresse,
conclut-il. Le combat au Vallon entre partisans et opposants de l’éolien aura un deuxième round.
Gabriel Risold