Une vie en contrechamp !
« Né au Vallon, marié aux Verrières et vie passée à Travers ! » C’est ainsi que se présente instinctivement Walter Von Burg quand on lui demande de parler de lui. Cet homme entier se veut volontiers discret sur sa vie. Une vie faite de sueur dans la peau d’un mécanicien faiseur d’étampes, d’œnologue, de scieur puis de formateur au CNIP pour les requérants d’asile notamment. Et à côté de tout ça, ce sont les images qu’il aime faire défiler devant nos yeux. Cette passion pour le cinéma, il a commencé à la cultiver à 16 ans lorsqu’il est devenu opérateur pour l’ancien cinéma de Travers.
Exceptionnellement, celui qui préfère se réfugier derrière la caméra a accepté de rembobiner le film de sa riche vie et de son appétence pour le cinéma. À l’époque, on était très loin de l’univers Netflix et de l’omniprésence du monde de l’image. « Je me souviens que j’ai vécu sans la télé. Avec quelques copains, nous avions juste le droit de nous rendre chez une voisine, tous les mercredis, pour regarder le 5 à 6 des jeunes en noir et blanc. » Il s’agit d’une émission diffusée sur la RTS dans les années 1960 – 1970.
Le déclic au cinéma Mignon
Repositionné dans le contexte de ces années-là, c’était déjà une vraie récréation de pouvoir regarder la télévision. Mais le grand écran, il l’a vraiment touché du doigt grâce au cinéma Mignon de Travers. « Au début, j’y allais surtout dans un rôle d’aide pour coller les amorces et placer les films sur de grandes bobines. Puis je suis devenu opérateur à mes 16 ans. » Ne cherchez pas plus loin, c’est bien au Vallon que Walter Von Burg est tombé dans la marmite du super 8. « 8, super 8, 16, j’ai vu défiler tous les formats », s’amuse celui qui a décidé de prendre lui-même la caméra lorsque le cinéma Mignon a disparu. Pour l’anecdote, le prix du billet de ciné était de… 2 francs en ce temps.
Totalement formé grâce à des « tutos »
Walter s’est rapidement mis à la page. « Je suis descendu dans un magasin spécialisé de Neuchâtel et j’ai acheté tout mon matériel d’un coup. » Go pro, logiciel de montage sophistiqué et drone, le Vallonnier a parfaitement su intégrer les évolutions technologiques pour ses réalisations. Pour se former, il a tout appris sur Internet, grâce à des tutoriels. « J’ai simplement dû suivre une formation pour pouvoir faire décoller mon drone. Ce qui ne m’a pas empêché d’en casser trois déjà. » Cela ne l’a pas empêché non plus de créer 36 films à ce jour.
La sauvegarde du patrimoine
Son truc à lui, ce sont les sujets du coin, souvent à portée utile. Le générique de fin de ses films indique d’ailleurs clairement que son travail est réalisé « pour la sauvegarde du patrimoine. »
Le dernier en date s’est penché sur les fortins militaires alors que le suivant s’intéresse aux fermes de montagne qui ne sont plus exploitées. « Je travaille depuis chez moi où j’ai une salle de montage et un bureau qui me sert aussi de petit musée avec mon matériel d’époque. » En bonne place, on y trouve l’ancien projecteur (35 mm) du cinéma Mignon qui fonctionnait avec du charbon. « On provoquait une étincelle grâce à deux électrodes et on amplifiait cette minuscule boule lumineuse par un système de miroir parabolique. »
Le 1er prix grâce à… un escargot !
Le Traversin a numérisé l’ensemble de ses films. Et il en diffuse chaque année 4 ou 5, lors d’une séance publique, tenue au mois de novembre. Son travail a également été reconnu par « le métier » en 1983 : « J’ai reçu le premier prix suisse, dans la catégorie des courts-métrages. » Croyez-le ou non, cette réalisation de trois minutes montre un escargot franchir à sept reprises une lame de rasoir sans se couper. Gros plan, musique de suspense et tout le toutim enveloppent cette prestation. « Comme l’escargot n’est pas une créature très rapide, j’ai passé toute la journée sur cette séquence », se souvient-il avec amusement. Toujours recroquevillé dans le contrchamp de sa caméra, Walter Von Burg est de ceux qui savent créer l’émerveillement à partir d’un « rien », d’un trésor oublié ou d’une étincelle de vie ignorée…
Kevin Vaucher