Vie associative
Le service gratuit 2.0 du CORA
Depuis le mois d’octobre, le Cora propose, les mardis matin au Bric-Café, un Café numérique. Un service d’assistance sans rendez-vous pour les personnes rencontrant des problèmes avec leur smartphone, tablette ou ordinateur portable. Le Courrier du Val-de-Travers hebdo était sur place mardi.
Dès l’ouverture, Kevin Scheidegger installe son ordinateur portable au Bric-Café, au besoin, il a encore dans sa panoplie un disque dur externe ou quelques tourne-vis s’il devait démonter du matériel informatique. «Mais jusqu’à présent, les demandes concernent principalement les smartphones ou des questions sur du software», explique le bénévole, «pro de l’informatique», qui apporte son aide au Café numérique, le nouveau service proposé par le Cora. Mise en place depuis le mois d’octobre, cette offre d’assistance sans rendez-vous pour la population ayant des difficultés avec ses appareils numériques, téléphone, tablette ou autres, a déjà attiré plus d’une dizaine de personnes répartie sur les quatre mardis matin précédents.
Un constat qui conforte la directrice, Christelle Isler, dans le choix de mettre en place ce nouveau service à la population. «Nous avions constaté qu’il y avait une demande pour ce genre d’aide et d’accompagnement», relate-t-elle, en notant les multiples difficultés pour certaines personnes, et notamment les seniors, avec la digitalisation de la société. La directrice du Cora prend en exemple celle des paiements numériques de la Fête des vendanges parfois peu aisés. L’idée de proposer une aide numérique a ainsi germé et l’équipe du Cora a pensé à Kevin Scheidegger pour la prodiguer. L’habitant de Couvet de 37 ans a actuellement un contrat d’insertion socio-professionnelle avec le Cora et a de nombreuses compétences dans le domaine numérique et a tout de suite été intéressé à aider bénévolement «les gens à évoluer dans cette société numérique».
Un monde déroutant»
Même s’il n’est pas informaticien de formation, Kevin Scheidegger est un passionné du domaine et de technologie. «Un peu avant mes dix-huit ans, j’avais des mandats pour entretenir des parcs info», raconte celui qui a eu plusieurs carrières, de vendeur en informatique à l’aide pour jeunes en difficulté, avant de connaître un burn-out et de revenir presque à la case départ et à l’assurance sociale. Ce dernier a trouvé avec le Cora les conditions pour rebondir et partager désormais ses connaissances avec les autres. «C’est génial que l’équipe du Cora me laisse développer ce soutien», reconnaît-il, humblement. Les problématiques numériques des aînés, Kevin Scheidegger en a pleinement conscience, lui qui a beaucoup aidé sa grand-mère dans ce domaine. «Ce monde toujours plus digital, je comprends qu’il soit déroutant pour le troisième âge et que les gens soient un peu perdus», avoue-t-il, en relatant utiliser un langage le «plus simple possible» dans ses explications. Le bénévole numérique relève que désormais le numérique est partout: services bancaires, postaux, ou de vente à domicile. Avoir un minima de pratique est devenu nécessité.
Contrairement aux précédents mardis, personne ne requiert le service du bénévole. Ainsi, Kevin Scheidegger peut nous détailler ses actions : installations d’applications, synchronisations d’agenda ou de compte de courriel, explications du fonctionnement d’applis bancaires, et autres problématiques du quotidien «numérique». «Souvent, la première chose que je montre c’est la touche ‹ retour › pour recommencer à zéro», sourit-il.
Et je dis qu’il ne faut pas avoir peur de casser quelque chose ! Vous pouvez le ‹planter›, oui, mais pas le casser.
Le «pro de l’informatique» du Cora déplore quelque peu qu’aucun fabricant ne produise un smartphone adapté pour les personnes du troisième ou quatrième âge, avec des interfaces plus simples et qui ne changent pas à chaque mise à jour.
Car, il croit que l’appareil peut être, malgré la complexification première, bénéfique à la vie de tous les jours. «Des applis peuvent vous simplifier la vie», note-t-il. «Prenez celle des CFF, vous commandez de chez vous le billet qu’il vous faut au tarif le plus avantageux.»
Bilan fin novembre
Après une heure, un ancien bénéficiaire de l’aide de Kevin Scheidegger entre et vient le saluer. Cette fois, pas besoin de conseil, mais autour d’un café, l’homme souligne que de tels services d’initiation au numérique devraient être plus répandus et être même généralisés par les autorités. Le bénévole entend les doléances. L’aspect social du nouveau service du Cora devient évident. Une autre personne de 84 ans se présente pour recevoir quelques explications quant à son téléphone portable. Avec bienveillance, Kevin Scheidegger s’exécute. Certes, il ne parvient pas à résoudre l’ensemble de ses soucis numériques, car ils ne dépendent pas de lui, mais la «cliente» du jour salue la démarche du Cora et déplore que ce genre de prestations n’est pas prodigué au Val-de-Travers par des associations comme Pro Senectute.
Le Café numérique du Cora sera l’objet d’un petit bilan fin novembre, après deux mois. Directrice de l’association, Christelle Isler explique qu’il s’agira de cibler plus précisément les demandes des aînés, certes, même si ce café numérique s’adresse à tout le monde. De son côté, l’esprit de Kevin Scheidegger foisonne d’idées, des cours pour appréhender les modes de connexion des banques, car tous différents les uns des autres, l’usage de certaines applications utiles aux seniors ou encore éventuellement parler « d’hygiène numérique », soit apprendre à protéger au mieux ses données dans ce monde numérique quelque peu sans foi ni loi. Kevin Scheidegger serait ravi d’apporter plus largement son aide numérique. «C’est un peu une ‹ permanence numérique›», rigole-t-il. Un service 2.0 du Cora qui apparaît peut-être comme nécessaire vu l’évolution digitale de notre monde.
Gabriel Risold